LES MOTS DE CLAUDE

J- 3

Encore 3 jours...  une poignée d'heures et l'avion décollera de Nantes vers Athènes. 
Le rendez-vous est fixé à  5h30  à l'aéroport  pour un décollage à 7h10. 
3h30 de vol,  une aiguille de montre à tourner dans le bon sens pour avancer d'une heure, et l'avion se posera à Athènes vers 11h40 (heure locale).
Je me souviens de mon enfance et de ces lever-tôt pour partir en vacances... C’était à la fois difficile et agréable. Mon père faisait les quatre cent pas devant la voiture et s'activait à charger les derniers sacs dans un coffre déjà bien rempli. Il dépliait sa carte routière... écoutait les premières infos du matin ou les dernières de la nuit. Cette fois, nous y étions... la clé dans le contact, la cassette installée dans l'auto radio, la "Peugeot" quittait lentement la rue et s'éloignait dans l'obscurité...épongeant une année de travail et roulant vers notre rêve de l'année : "les grandes vacances".
J-3 : Cette fois je me lèverais très tôt.  Il faut penser à tout et ne rien oublier.
Le coffre de la Peugeot a disparu avec son époque. Plus de caravane attelée derrière la voiture, plus de maison ou mobil-home à rejoindre... Aujourd'hui, il s'agit de retrouver huit équipiers à Port Alimos, embarquer à bord d'un catamaran et naviguer au gré des îles de la mer Égée qui nous tendent les bras. Je partirai seul avec un simple bagage en soute. J’ai toujours été accompagné pour prendre l'avion, mais cette fois, mon stress de l'avion se gérera en solo.
Penser à tout et ne rien oublier !  Rêver à ses décors de maisons blanches posées sur l'eau... observer le lever du soleil, puis le soir, le voir plonger dans l'eau. Au fil des jours qui se consument, l'excitation devient plus grande.
J'arriverais le premier à Athènes. Giuseppe notre skipper italien arrivera de Milan vers 14h30. Lui ne voyagera pas seul puisque quatre de nos équipiers l'accompagneront. 
Giuseppe est notre père de croisière. Rien ne lui échappe. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Son français est parfait avec quelques petites erreurs de grammaire qui lui confère un charme certain. Dans mon esprit, je l'imagine contrôler le bateau, l'équipage, l'intendance, la logistique et parler avec les mains pour appuyer ses paroles et finir de nous convaincre. Le circuit est tracé. Giuseppe en bon père nous a envoyé un test de navigation recensant les affinités et connaissance de la mer et proposé de sélectionner 3 îles parmi une dizaine. Cheminer de Corfou à Rhodes en passant par Santorin et Hydra...représente un nombre d'heures de navigation trop important. Alors il a fallu choisir. Nous découvrirons donc en plus de notre sélection une quinzaine d'îles toutes plus belles les unes que les autres.
Je retrouverais donc mes équipiers Giuseppe, Eric, Cathy, Hervé et Orazio devant l'espace des arrivées. Ensemble, nous prendrons le bus X96 qui nous emmènera de l'aéroport vers Port Alimos. Contrôler l'accastillage du bateau, remplir le frigo pour ne manquer de rien pendant la navigation sont les premières missions qui nous attendent.
Beurre doux ou beurre salé ? La discussion des terroirs a débuté... 

Une seule certitude aujourd'hui :  le bateau est déjà sur l'eau...et l'eau est salée.
En attendant, il faut boucler cette fichue valise.... j'y retourne....
A demain pour le J-2


J- 2

GROSSE valise ou petite valise?  
Un bateau est un espace restreint. Les  cabines sont étroites et  l’entrée se fait le plus souvent au chausse-pied. Il est donc délicat de se charger et d’encombrer le bateau de trucs inutiles…
Alors sans hésitation et pour toutes ces raisons, je choisirais : La GROSSE !
Une petite aurait été raisonnable mais en fait, j’ai choisi d’emmener palmes masque et tuba et sur proposition de Giuseppe, je dois me charger du matériel de pêche ! Si le vent n’est pas trop fort et  que le bateau navigue à une allure oscillant entre  3 et 5 nœuds, alors, nous déploierons deux lignes de traîne. Giuseppe nous a confié que l’on ne devait pas gêner les manœuvres, que le bateau ne ralentirait pas pour sortir le poisson. Mais il assure qu’il participera à la dégustation ! Reste à définir qui le videra et coupera la tête !
22-18.... 21-16....20-14.... Non !  Ça n'est pas le résultat victorieux de l'équipe de Handball de Nantes, mais bel et bien les températures maximales et minimales annoncées dans les Cyclades pour les semaines à venir.  Au pied de ma valise, c'est donc le dilemme associé au Big Bazar !
22° ! C’est une température de shorts et de T-shirts. J’ai donc choisi la pile de manches courtes dans la penderie et je m’empresse de les poser au fond de ma grosse valise. Une petite hésitation sur le choix de la couleur mais qu’importe !  Là où mes coéquipières auraient passé le tout en revue devant le miroir, j’ai choisi le traditionnel « pile ou face » pour régler ce choix délicat. Ce sera donc 4 polos, 4 chemisettes et 4 T-shirts.
J’ai réveillé mes shorts qui avaient déjà commencé à hiberner au fond de l’armoire. Allez Hop ! Tout le monde dehors... la saison se prolonge à 3000 kilomètres d’ici !
Giuseppe nous a envoyé le relevé des températures établi depuis 22 ans. Nul doute que la température sera bonne en journée avec une fraîcheur le soir. Mais deux jours de précipitations en moyenne et une brise passagère ramenant la température jusqu’à 14° en soirée suffisent à semer le doute…
Ma valise me fait un clin d’œil associé à un sourire moqueur : l'équation à plusieurs inconnues commence alors : Retirons un polo, une chemisette, et un T-Shirt. Ajoutons trois polos manches longues. Un pull ou deux ne seront pas de trop, une veste polaire, un pantalon ou deux, un ciré pour les éventuelles pluies…Je fais l’impasse sur le bonnet et la casquette mais promis je n'oublie pas les slips ! La serviette de plage, un bon bouquin,  il  ne reste plus alors qu’à choisir les chaussures : 
Sandales ou Chaussures ? Les deux mon capitaine !
Et puis... la suite arrive… 
Maillot de bain ? Oui 
Un petit truc de la région ? Oui pour partager avec mes équipiers. 
Appareil photo ? Non un portable suffira. Gérard et Cathy sont nos reporters attitrés et c’est donc à eux qu’il reviendra de dégoter les meilleures vues et de nous tirer le portrait.
Trousse de toilette ? Oui c'est plus sympa pour mes équipiers et si possible avec le nécessaire pour ne pas faire honte à nos photographes ! 
Le chargeur de portable, la clé USB chargée de musique pour Martine notre Disc-jockey à bord
Ouf j’arrive à la fin…tout y est ? Plus que 2 jours pour y penser… 
Et M….. ! J’ai oublié le passeport, le check pour l’avion 
Un dernier coup d’œil amusé et voici venu le temps de fermer la valise ! Roulement de tambour !
Hum ! M…. Je tasse un peu, je m’assieds légèrement dessus ….et re M…. ! 
Alors cette fois, je l’aurais… Je m’assieds  dessus un peu plus brutalement… Je force un peu... encore…
Par dépit, je déploie la manière forte et imparable... les genoux enfoncés dans cette carlingue qui va céder, j'y mets tout le poids de mon corps ...inutile de vous dire que ma valise a perdu son air moqueur et qu'elle fait moins la maline... je l'aurais !
Aaaaaaaaaa..........et ?
Vous savez quoi ?
Elle est fermée….
A demain pour le J-1


J-1

Quelle heure est-il ? 
Sachant que nous changeons d'heure dimanche vers trois heures du matin et qu'il nous faut retarder notre montre pour épouser l'heure d'hiver,

Sachant que la Grèce est sur un fuseau horaire diffèrent du notre et qu'il faut ajouter une heure à l'heure française,
Sachant que la Grèce passera à l'heure d'hiver dimanche et qu'à quatre heures il sera trois heures,
Sachant qu'il faut 3h30 de vol pour rejoindre Athènes et que l'horaire d'arrivée tient compte de l'heure locale...
... La question est la suivante : Quelle heure sera-t-il au soleil à Port Alimos lorsque ma montre indiquera 12h ? 
Et moi qui croyais qu'une fois l'équation de la valise élucidée, tout irait pour le mieux ! Voici que l'horaire d'hiver décide de nous faire un pied de nez dimanche en balayant l'heure d'été.

Mais qu'importe : Si j'ajoute une heure à l'heure française et que dimanche la pendule Grecque recule d'une heure pour saluer l'hiver.... alors ne touchons à rien... gardons notre heure d'été sous l'automne grec.
Le ravitaillement va bon train. Dès samedi il faudra charger le frigo et les placards. Giuseppe n'est jamais pris au dépourvu. Il possède sa check liste qu'il nous a proposé depuis un bon mois et qu’il nous a proposé d'abonder. 
9 personnes à nourrir au quotidien...
Le ravitaillement se fera aussi d'île en île. Mais attention, parfois les îles sont désertes.
Pas d'Ikea ni de centres commerciaux avec parking géant ! Les îles se contentent Juste d’une épicerie du coin pour nous dépanner. J’avoue que j'ai peu regardé cette check liste. Sachant qu'un français ne meurt jamais de faim, je savais que le club "France" regarderait cela de très près  et n’hésiterait pas à abonder pour garder la "french réputation".
Les équipes de cuisine sont formées et Martine, ma chef de cuisine a posé son œil averti sur la liste. Les crêpes bretonnes arrivent et à défaut d’avoir mis la main à la pâte, je manipulerai la poêle. 
Mais j’ai tout de même entrevu quelques ingrédients et une certitude : les pâtes s’inviteront dans nos placards pour respecter la cuisine italienne. Quant à la cuisine végétarienne et provençale, les légumes grecs, l’huile d’olives viendront les accompagner.
Le vin est bien présent aussi. Vin français, grec ou italien ? Je pense que chacun s’adaptera sans ouvrir le débat sur les contrées, les terroirs et les millésimes.
J’en reste persuadé. Les hommes et femmes laissent parfois leur assiette en reprochant le "trop salé" ou le "pas assez" ou le "pas frais", ou le "pas bon", voire le "dégueu"....
Mais lorsqu'on parle de vin... on discute beaucoup du terroir, du vieillissement, de la robe et du tanin ou  de la température mais au final .... Revenez 1/4 d'heure après...

Le verre est vide. 
Quelle heure est-il ?
Et qu’est qu’on mange ? 
C’est l'heure de passer à table. J’ai faim. Alors je vous laisse.
A demain pour le H – quelques heures…..


H - 15 voire moins !

9h et j’ouvre l’œil … Quoi de plus normal que de rêvasser et conserver la chaleur du lit ce matin… Je sais que notre père Giuseppe va nous secouer tous les matins dès 7 h dès dimanche et que les quarts obligeront à veiller sur le bateau et la navigation et le mouillage tous les jours. Alors quoi de plus normal que de rester au chaud sous la couette… pour mon  dernier jour.
9 heures… et j’ai honte de mon premier réflexe. Là où j’aurais dû ouvrir les volets, regarder le temps, saluer le soleil,  là où j’aurais dû regarder le vent caresser les bambous fiers de s’étirer légèrement devant moi,   là où j’aurais dû regarder quelques bruissements de feuilles, quelques gazouillis d’oiseaux, le jappement du chien du voisin… force d’habitude… mon œil s’est juste recroquevillé sur ce satané téléphone portable qui a  fait « Reset » sur le réveil de la nature et les oiseaux  concentrés sur l’essentiel. 
Martine a visiblement décampé de son lit bien avant moi et doit être scotchée devant les infos…
Tremblement de terre en Grèce !  Quatre secousses ont été enregistrées dans le Péloponnèse dans la nuit de jeudi à vendredi. La dernière d'une magnitude de 6,8, selon l'institut géologique américain USGS, a été la plus forte au large de l'île grecque de Zante, en mer Ionienne. Selon les premières informations, le tremblement de terre aurait provoqué des dégâts mineurs. L'observatoire d'Athènes a pour sa part estimé la magnitude du séisme à 6,4. Selon le site internet de l'USGS, qui a annoncé le premier cette secousse tellurique, le séisme a eu lieu à 35 kilomètres au sud-ouest du village de Lithakia, situé sur l'île de Zante.
J’avoue que mon sommeil a survécu et que ma pensée est allée vers Nadia, ma collègue de boulot sensible à tout événement naturel et qui sera sans doute encore surprise que je ne sois pas sur le qui-vive !  Cool…. ça va bien se passer… 
Et puis le deuxième message vient aussitôt de notre bon père Giuseppe qui a su tout de suite rassurer l'équipage : Le tremblement de terre  n’est pas pour nous…. simplement quelques dégâts mineurs. Notre bateau nous attend.
Ouf ! Pan belle la vie ?  Il y a trois semaines, le Médicane balayait toutes les îles à la façon d’une tempête tropicale. Aujourd’hui, c’est un tremblement de terre et la vie impassible et insensible continue à la façon d’un cuisinier secouant son tablier de poussières inutiles pour se consacrer à l’essentiel.
L’essentiel arrive à grand pas. 4h30 (heure française), valise bouclée (opération réussie), j‘irais donc réveiller ma mère… pour l’ultime voyage vers l’aéroport.
Plus de père à trépigner pour partir en vacances, mais une mère à réveiller… partir dans l'obscurité comme au bon vieux temps !
Une mère ? Qu’est-ce qu’une mère ?  
La mienne est une femme qui vers 3h du matin, l’heure où je rentrais de concerts, était debout pour prendre des nouvelles alors que je n’avais qu’une envie : « aller me coucher »
Une mère est une femme qui aime les personnes que tu aimes et déteste les gens que tu détestes.
Une mère est une confidente.
Une mère ne te juge pas…elle t’aime, te protège.
Une mère est fière de toi par tout temps
Une mère est une femme qui est toujours d’accord avec toi-même lorsque tu as tort.
Alors… en plus du modèle de base, j’ai pris la mère toute options…

La mienne qui en plus d’être tout ce que j’ai écrit plus haut est   une femme dont le cœur ne bat que pour me rendre service.  Un jour il faudra bien que je lui dise que je l’aime au cas où elle ne l’aurait 
Demain c’est avec joie que je klaxonnerais devant chez elle vers 4 h 15. Nous irons rejoindre ce vol pour  Athènes.

7h40, place 18F… juste au-dessus de l’aile. Si elle se détache, je la maintiendrais pour maintenir aussi l'essentiel.  

J’avoue préférer une tempête en mer plutôt qu’un vol calme.
11h 40 et  je serais sur place à attendre mes équipiers venant de Milan.

Je pourrais leur faire le coup de la pancarte à leur arrivée… sur ma pancarte, j’inscrirais….

Lagoon 400  ou « Benvenuto in Grecia Giuseppe” ou bien « le bateau est coulé ». Réponse demain, je me donne la nuit pour réfléchir. 
Parmi la liste de mes envies d'aujourd'hui figuraient ce que je ne mangerais pas en Grèce pendant ce voyage….

Alors à la façon d’un mec qui embarque pour une transat, j’ai sorti de mon congélateur les palourdes farcies  du Gois (ma région pour ceux qui ne connaissent pas), cuit un bon filet de bœuf avec une bonne moutarde et des frites. J’ai dégusté un bon bout de camembert sans modération et me suis offert un verre de Saint Emilion grand cru…
J’ai repris du camembert…. et un verre.
J’ai fini le camembert  et puis …. Vous avez deviné ?
Maintenant place à l’huile d’olive…et à  l'eau salée.
A demain si les tremblements de mer nous épargnent.

AÉROPORT ATHÈNES

Le blog est né il y a deux mois pour décrire ce que nous allions vivre. Petit à petit, les pages se sont écrites. Giuseppe est apparu. Il a formé les équipes pour barrer, pour le ravitaillement, pour la cuisine, pour la caisse de bord, la location du Lagoon et de son organisation est né ce blog.… Giuseppe avec son œil marin observe ses équipiers avec bienveillance, nous livre ses conseils et tuyaux. Le compte à rebours est passé de 60 jours à quelques jours…. Puis quelques heures et là nous y sommes.
Je suis tranquillement installé sur une borne WIFI à l’aéroport pour vous livrer quelques indiscrétions….
10 visites au début essentiellement d’équipiers et puis le blog a grossi.
Aujourd’hui pour une raison que je n’explique pas, vous êtes 250 à 300 à le visiter chaque jour.
La responsabilité devient grande et je sais que mon écriture est guettée. Pour tout dire j’ai un petit tract naturel qui s’installe lorsque je vous imagine installés dans votre fauteuil, votre lit ou votre bureau à lire ces anecdotes. Je suis sûr qu’en trois ou quatre jours, vous avez déjà de l’affection pour Giuseppe. Vous avez fait connaissance avec notre skipper et vous l’aimez déjà. Je vous présenterais les autres coéquipiers au fil de l’eau.
Allez revenons à ce voyage ! et ses sourires !
Un sourire n’aura pas suffi. J’aurais dû me douter que cette valise m embêterait jusqu’ au bout. Difficile à fermer. Un embonpoint évident...13 kg de plus que prévu... !  Et une évidence ... la jolie dame du comptoir ne m’a pas fait de cadeau, ni même un sourire…
- vous avez droit à 15 kg et vous êtes à 27,4 kg
- Ha oui…je ne la voyais pas si lourde ! 
Les plombs pour la pêche et la trouspinette ont alourdi cette maudite valise et la note a elle aussi pris du poids.
5h du matin et les messages vont bon train.
Giuseppe est dans le train pour Milan. Cathy, Hervé et Éric sont dans un bus au milieu de nulle part mais sans doute bientôt à Milan. Les autres équipiers reposent sur leur oreiller moelleux.  Mon café me fait patienter et une jolie voix m’invite à me diriger vers la porte 38.  L’aéroport regorge de gens en forme et d’enfants excités. J’avoue que je n’ai pas encore passé la deuxième et que ma première oscille autour du point mort…Je suis crevé.
Mon portable vibre ... Ma mère est de retour à Challans 
Giuseppe s'active avec Orazio... Non ancora parte alle 6.05 m
Carrozza 6
Ok
Le ok me dit qu’ils doivent être sur la bonne voie et c est confirmé. Ils sont dans le train en direction de Milan 
La porte 38 s’ouvre je vais donc suivre la file pour m’envoyer en l’air et poser ma tête sur le hublot pour prolonger ma nuit....
La place 18F m’attend… et dans l’obscurité l’avion quitte la piste, survole les lumières de la Ville….
Je ne me sens pas très bien pour tout dire. Il fait chaud, je suis fatigué et mon ventre hurle de faim.  Je ne suis vraiment pas bien. Une bouffée de chaleur me redresse. Il faut que je me lève, il me faut de l’eau….
Je fais quelques pas dans l’allée et mes jambes se dérobent sous moi… il manquait plus que ça… je suis étalé dans l’allée et je m’évanouis quelques instants…
J’entends au loin les « Monsieur…Monsieur… vous m’entendez ? »
Je suis allongé la tête dans les mains d’une femme et les pieds en hauteur tenus par le Stewart … ça se presse autour de moi. L’eau, les glaçons arrivent et pourtant ça n’est pas l’heure de l’apéro !
Une hôtesse arrive et soulage la femme pour me soutenir la tête… j’avoue que je resterais bien encore un peu allongé… Le malaise devient soudainement agréable… Allez ! je ne vais pas abuser trop longtemps de son sourire. Je me redresse, me remets debout soutenu physiquement par cette hôtesse et son collègue et soutenu moralement par les voyageurs qui ne voudraient surtout pas voir l’avion atterrir pour moi.
L’hôtesse m’a confortablement installé sur un espace plus spacieux m’a offert un jus d’orange vu que ce n’était pas l’heure de l’apéro, et j’ai eu le droit à un petit gâteau. Elle n’est pas belle la vie ?
Voilà comment faire pour voyager en classe affaire…. 

J’ai repris mes esprits gentiment et l’avion s’est posé à Athènes à 11h30 comme prévu.
J’attends mes équipiers qui ont décollé de Milan. Je vais aller chercher les billets du bus pour rejoindre Port Alimos. 
Car c’est à Port Alimos que tout commence… 
A plus tard si le Wifi s'invite !

ARRIVÉE AU PORT :

Après une journée bien remplie, nous avons enfin pris possession de notre bateau. Port Alimos est un repère de milliardaires où les yachts sont tous plus beaux les uns que les autres.
Cathy, Éric, Hervé et Orazio étaient préposés aux courses. Le coffre bien plein, c’est donc un taxi qui les a déposés avec leurs sacs et packs d’eau. Je suis resté avec Giuseppe pour la prise en main du bateau. Le gros bébé s’appelle Pasiphaé. Il est tout simplement superbe. Les photos seront présentées demain. 
Le propriétaire nous a donné toutes les recommandations dans un anglais accidenté. Mais Giuseppe est un habitué de ce bateau. Vérifier les voiles, l’annexe, le GPS et les moteurs sont les routines habituelles, mais c’est aussi l’inventaire du matériel de cuisiné qu’il a fallu faire ! nous ne sommes pas perdus car Giuseppe a eu un grand sourire lorsqu’il a aperçu l égouttoir pour les pastas...nous sommes sauvés. 
Ce soir l’Italie est en cuisine. Et ça tchatche en tournant la cuillère dans la casserole. Je me rapproche car mine de rien... ça sent rudement bon…Orazio fait des boulettes de viandes. Ça n’est pas le biscuit de l’hôtesse qui m’a rassasié ! J’ai une faim de loup. Et je vais me déchaîner sur l’Italie ce soir.
Pas de Wifi est donc les mots de Claude iront sur les articles...c’est plus simple. Les cabines sont organisées et mon voisin de chambre sera Hervé. L’apéro arrive, en même temps que Martine et Astride qui nous rejoignent.
L’équipe est désormais complète. 
Demain le clairon sonne à 7h.

PORT KORISIA SUR L’ÎLE DE KEA

6h45....
Le vent agite les cordes dans les mâts et j’entends parler doucement à l’extérieur...
Giuseppe s active pourtant en silence. Cathy et Éric sont déjà sur le pont. Le soleil n’est pas encore levé et nous allons quitter Port Alimos dans l’obscurité. La lune est notre seul réverbère alors nous profitons de sa présence pour larguer les amarres.

Pasiphaé avance lentement vers la sortie du port....
La mer est bien formée et vient nous mettre rapidement au parfum....
Pasiphaé se cabre déjà... et Orazio notre sicilien de service sort déjà les harnais… : Bienvenue en mer Egée"...
C’est Gérard qui endosse le premier son harnais et prend la barre avec Giuseppe.  Le reste de l’équipage tente de s’habituer au roulis...quelques visages blanchissent et la bourse aux remèdes du mal de mer commence....
Plutôt granules. Plutôt regarder au loin…pas boire…bref....
J’avoue être plus à l’aise au milieu des embruns qu’à bord d’un Boeing équipé des meilleures hôtesses !
Ça tangue, ça vire, ça bouscule et j’aime ça. Alors j’endosse mon harnais pour dire à la mer que je l’aime même lorsqu’ elle est en colère. 
Pasiphaé prend sa vitesse de croisière et dans le roulis Cathy prépare le café. Une bonne odeur de matin au milieu de la mer...c’est un petit rien qui fait du bien et Giuseppe avec son accent Italien vient y ajouter sa bonne humeur...
 - je ne prends jamais de soucre ... car comme il dit...en transformant les : U" en OU » …"ma vie est souffisamment soucrée comme ça !" ... 
Ba ouais quoi ?
C’est vrai...la vie peut être sucrée...non ?
Le cap Sounion que nous dépassons à l’instant est sans doute une pierre de sucre qui suffit à sortir tout l’équipage sur le pont. Les ruines du temple de Poséidon....trônent devant nous... au milieu d’une mer qui ne veut rien lâcher… c est superbe !
J’ai hâte de renverser le sucrier et hâte de ramasser toutes ces pierres les unes après les autres...
Mais pour le moment… je lâche la plume car Giuseppe m’appelle....


KEA…  En route vers GYAROS ET SYROS

Orazio doit connaitre une dizaine de mot français.  Mais son origine sicilienne l’oblige à connaitre l’essentiel : « Mademoiselle » ou encore « Madame » mon prénom est resté à la mode italienne. Il m’appelle « Claudio ». Cette dizaine de mots apprise sur les ponts de navire est associée à son sourire naturel qui ne le quitte jamais. Depuis notre départ d’Alimos, il cherche à tout réparer. 
La gazinière marche sur un feu, alors Orazio se penche sur les brûleurs pour améliorer notre confort... un cordage qui traîne et Orazio arrive immédiatement pour l’enrouler et le ramasser. Mais cet amoureux de la musique n’a pas encore réussi à réparer notre lecteur mp3.  Hier soir, son sourire l’a quitté un instant lorsqu’il a réalisé que nous n’arriverions pas à résoudre ce mystère et que Dalida ou Aznavour ne pourrait pas s’inviter parmi nous. Une heure durant, il est resté au pied du pupitre, m’invitant à lire la notice en Anglais. J’ai cru un instant que nous y arriverions mais peine perdue : Le lecteur est resté muet et je crois que ça n’est pas mon anglais qui était en panne mais bel et bien l’électronique qui nous jouait des tours.  Devant tant de gentillesse, Éric s’est approché pour nous assister. Et une demi-heure plus tard, le miracle sembla   se produire. La musique a brusquement retenti… Orazio était aux anges et au centre de nos applaudissements.  Peut-être qu’à ce moment même était-il plus heureux que Dalida au milieu de ses fans ! Mais la joie fut de courte durée en regagnant le pont du bateau.  La musique venait du café d’en face. Le serveur venait d’allumer sa sono et malheureusement le miracle ne s’est pas produit.
Il en faut plus pour décourager Orazio. Il a rejoint sa cabine, sorti son téléphone et la musique s’est invitée. 
Aznavour chantait « ma bohème » en italien. Sans se dégonfler, Orazio s’est mis à chanter.
« Aznavour » en italien a une résonance que je ne connaissais pas.  Ça mérite effectivement un applaudissement car la voix d’Orazio est parfaite :
Bravo Orazio !  Chante encore !
Pendant que j’écoutais Orazio dans son tour de chant, Hervé et Gérard échangeaient avec la ferme intention de sauver la planète avec tout de même des points de vue un peu différents… 
Peut-on lancer une peau de banane à la mer ? Heu ! J’avoue que je ne sais pas trop. Visiblement organique, elle peut être jetée selon la théorie de Gérard, mais avec son coté indigeste pour les tortues, Hervé refuse de les balancer. Alors promis, pour ma part, je ne mangerais plus de bananes en mer ! 
5 heures ce matin…
 Pasiphaé est amarré le long du quai comme une voiture en double file. Le quai sert de trottoir au village ou les cafés et restaurants surveillent l’accostage des bateaux et les quelques touristes très peu nombreux en cette saison.  Le frottement d’une corde sur le bateau suffit souvent à m’endormir. Mais ce matin, il suffit à mon réveil. Le port est encore endormi.  Les cafés sont muets et je sors discrètement pour profiter du réveil du village. Hervé dort encore.  Je traverse le « carré » où Giuseppe s’éveille doucement.  Juste un ronflement semble venir de la Cabine d’Orazio et Gérard.  Orazio souffle peut-être encore « Aznavour » dans l’oreille de Gérard !
Il fait bon et à cette heure matinale, la rue appartient aux chats qui errent pour trouver à manger. Un camion de poubelle se dessine au loin et rompt le silence. Je le laisse venir à mon niveau.  Et discrètement, j'y balance ma peau de banane.
Le café coule, les tasses se vident et les miettes s’éparpillent sur la nappe. La nappe est secouée et Pasiphaé quitte le port à 7h.

 L’île de Gyaros nous attend à 24 miles. L’île est inhabitée. Seuls des prisonniers y ont séjourné il y a bien longtemps. Une sorte d’Alcatraz grec. Le soleil se lève, la grande voile s’étire. La mer a quitté sa colère.
13h
Nous jetons l’ancre dans une anse désertique de Gyaros. Le paysage est presque lunaire et des roches sans verdures accueillent quelques ruines d’un ancien bagne.  L’endroit est isolé et d’une beauté à plonger, se baigner et dresser une table pour savourer la bonne cuisine de notre équipe toulonnaise. La table est superbe est Cathy sert la ratatouille...

SYROS 

Connaissez-vous la recette du poulet à la bretonne ?
Pasiphaé se repose au pied des cafés et restaurants. Un monocoque est amarré et son équipage de russes est déjà bien parti. L’alcool coule à flot et la musique à la hauteur de la vodka ingurgitée. J’avoue que nous sommes un peu perplexes sur la possibilité de dormir ce soir. Alors nous traînons sur le ponton à discuter, échanger nos souvenirs de voyage. La soirée est douce et il est bon de traîner.
Giuseppe ne perd jamais le nord et nous sollicite sur l'état du frigo et des placards. Mercredi, nous repartirons en mer et nous allons donc profiter de cette étape pour faire le plein.
Demain, nous mangerons au restaurant le midi et sur le bateau le soir. Mercredi ce sont nos italiens qui se retrouveront devant le fourneau. 
J'en profite pour glisser à Giuseppe qu'il reste des barquettes de poulet dans le frigo et que personne n'a établi de menu avec du poulet....
Giuseppe ne répond pas et s'interroge lui-même sur les 4 litres d'huile d'olives et des 4 litres de lait achetés !
Éric notre provençal et Cathy se plaisent à lui dire en souriant que la Provence aime l'huile d'olives et je me plais aussi à lui rappeler la bonne expression française…"on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs" alors de la même manière on peut étendre le dicton à la Provence et à la Bretagne.
On ne fait pas de ratatouille sans huile d'olives et pas de crêpes sans lait.
- Mais le poulet Giuseppe ? On en fait quoi ?
Giuseppe repartait de plus belle en évoquant les possibilités de manger des frites à Amorgos avec la bonne viande. Amorgos est devenu un repère de français depuis le tournage du film de Besson....et ses mains s'agitaient pour appuyer ses paroles... il en oubliait la liste des courses...

Orazio sortit un crayon, son papier pour ramener notre orateur, un peu égaré, à la fameuse liste des courses.
- le poulet Giuseppe ? lui dis-je une dernière fois.
- il y un petit marché demain ...
Gérard me glissa en douce en pouffant de rire.... "tu n'auras jamais ta réponse"
J'ai alors compris.... Giuseppe ne devait pas aimer le poulet.... Le clin d'œil d'Astride vint me le confirmer. Alors je décidais de passer en force...
Giuseppe ! Connais-tu la fameuse recette du poulet à la bretonne ?
Martine est ma coéquipière de cuisine et elle me balança un coup de coude pour me signaler que je m'embarquais dans un truc qu'on ne maîtrisait vraiment pas.
Gérard renchérissant .... Le fameux poulet breton ! 
- Giuseppe marqua un temps d'arrêt...et surprise ! avec son accent bien marqué...
- Alors démain nous faisons le Arrosto (ce qui doit être une viande rouge rôtie à l'italienne) et après démain tu fais le poulet à la brrrrrrrrretonne… !
Voilà le compte à rebours est lancé : il nous reste deux jours pour imaginer la fameuse recette du "poulet Breton"...
Ami(es) Bretons Bretonnes...ce message est pour vous et il est urgent :
 La Bretagne est une terre de solidarité... Aujourd'hui Martine et moi-même lançons un S.O.S. ... Nous sommes dans la M.... ! et nous appelons tous les bretons de France à notre rescousse pour imaginer "la recette du poulet breton..." et qui sait : cette recette deviendra peut-être la recette née sur un ponton de bateau dans une île grecque sous la menace d'un italien....
Les barquettes de poulet gisent dans le frigo...en attendant leur heure...
Nos russes affalés devant une table couverte de cadavres sont éteints. Ils dorment....
Je vais donc profiter du calme revenu et me glisser dans le lit...

SCHINOUSSA

Un repas végétarien… C’est quoi ?
Cuisine italienne, cuisine bretonne, cuisine provençale… le mélange des saveurs ne nous quitte pas. Ce soir c’est au tour d’Hervé et Gérard de passer au fourneau…
Hervé est né dans un chou. Depuis il dévore les plantes, les fromages et les laits de soja et passe son tour lorsqu’il s’agit de boire une simple goutte d’alcool. Gérard le baroudeur est lui plutôt carni-carnivore… Les cotes de bœufs de 3 kg ne lui résistent pas depuis ses escapades en Bolivie… il rêve des bovins argentins, de vins qui les accompagnent, des desserts, des apéros.  Giuseppe a fait fort en constituant ce duo détonant.
Depuis hier matin les pois chiches trempent dans un saladier sous le regard amusé et inquiet de l’équipage…
17 h…  Hervé passe en cuisine et dispose de Gérard son commis de cuisine d’un soir.
Hervé prend toute la diplomatie nécessaire pour disposer de son élève. Les phrases débutent presque toutes par…. « Sans vouloir te commander… »  Gérard est presque agacé par tant de politesse. Il épluche les patates, les oignons, les carottes…. Ce soir il est résigné : il n’ôtera pas le gras de l’agneau… Ce soir il ne désossera pas la côte de bœuf … Ce soir il ne piquera pas les saucisses… alors pour se consoler il épluche sans réfléchir… Le sevrage de viande commence !
Gérard pose les assiettes une à une …  
-        - Pas un peu farineux ces pois ? commence Gérard qui n’a jamais épluché tant de légumes en si peu de temps…
-        - un peu ferme et sec, c’est vrai rétorque Martine
-        - A quelle heure commence le concert de pois chiches ? renchérit Éric…
Pas un regard ne se lève de peur de voir l’autre mastiquer remastiquer. Éric asperge son assiette d’huile, Gérard noie son désespoir dans le vino roso et chacun prend son verre pour tenter de diluer cette farine de pois qui fait bloc dans l’œsophage… Alors puisqu’il faut bien relever la tête quitte à dire « plus jamais ça... Les sourires crispés de pois chiches éclatent en feu d’artifice.  Martine et Cathy s’étouffent de rire, ou de farine… Attention Martine va mourir… Mourir pour une assiette de pois chiches !
Seul Orazio tend son assiette pour être resservi alors même que les autres sont déjà à l’asphyxie dans un col de 4ème catégorie gravi qu’à moitié. 
Pauvre Hervé …  Il se fait charrier sur sa cuisine et le voilà responsable des possibles flatulences de notre pauvre Orazio qui termine sa deuxième assiette. 
C’est décidé… Cette nuit, Gérard dormira avec le hublot ouvert !
Demain, retour à la viande ! 
Il est 6 heures…
Pasiphaé quitte le port de Syros. C’est Cathy qui est chargée du départ avec Giuseppe et Orazio. Je m’éveille et reste un instant dans le lit. Hervé dort à côté.
Mon esprit vagabonde sur les heures passées à Syros. Constantino et Mariana s’éveillent à mes côtés.  Je les vois encore nous saluer. Il suffit parfois d’une heure semée au bon endroit pour récolter un souvenir de vie impérissable. Je sens la bise de Mariana et sa main posée sur mon épaule…elle me serre, me serre encore et finit par lâcher.  Je ne les reverrais sans doute jamais… 


Il est dix heures et c’est à moi de rejoindre Martine pour prendre la barre. Éric me cède sa place et reprend les lignes que j’ai tendues pour tenter de pêcher quelques bonites. La barre est toujours assurée par deux équipiers. A tour de rôle chacun tient son poste à heure régulière sous l’œil de Giuseppe.
Le cap est fixé et Pasiphaé vogue à son rythme dans la tranquillité d’une mer d’huile. Martine garde un œil bien présent sur le cap, les bateaux ou ferry qui peuvent surgir et les îles qui nous encerclent. -- Une vie peut basculer en 2 minutes me confie-t-elle
Martine navigue depuis 35 ans, la Polynésie, le Brésil …  Sa vie est bercée par la mer jusqu’à ce soir d’il y a douze ans. Elle est accompagnée de son mari. Un bateau percute leur zodiac. C’est le drame.
 Martine restera suspendue à sa vie comme à la cordelette à laquelle elle s’attache ce soir-là pour ne pas sombrer. Son mari est tué sur le coup. Pendant douze ans, elle fera face à trois opérations pour tenter de remonter sur un bateau et devra apprendre à vivre seule.
Sa reconstruction est un exemple de vie. Aujourd’hui, elle est à la barre d’un catamaran, s’étouffe de rires devant un repas végétarien, gravit 400 marches pour atteindre l’église de Syros et j’aime l’entendre rire. Alors il nous faudra plus qu’une recette de poulet à la bretonne pour nous effrayer….

AMORGOS

Un grand merci à toute la Bretagne et voisins de la Bretagne pour ce soutien qui a dépassé nos espérances. La solidarité a fonctionné et j’espère que la Bretagne sera fière de notre duo breton. « Le poulet à la Breton » (prononciation italienne) ne sera plus une spécialité régionale mais une incontournable saveur internationale.
Bien-sûr Martine et moi-même nous sommes inspirés des messages reçus et des contraintes locales.
Le chouchen… on oublie rapidement !
Alors nous avons composé avec les moyens du bord.
Il est 19 h à Syros… le cidre fait partie du challenge ! 
La modernité nous informe des routes à suivre pour se déplacer d’un point A à un point B…mais elle est encore incapable de nous dire où trouver une simple bouteille de cidre dans un supermarché ou épicerie du coin… c’est quand même un peu fort non ? 
Alors j’ai décidé d’embarquer Éric avec moi dans les ruelles d’Hermopouli à la recherche du « must » « du poulet à la Breton… » 


1 ère » épicerie et la gentille demoiselle, dans un anglais parfait, me signifie le rayon des pommes … Je regarde Éric et on se comprend rapidement… à moins de trouver le pressoir, laisser fermenter quelques mois… Heu ! Laissons tomber.
2ème épicerie… quand il s’agit de faire une affaire le grec déploie les grands moyens… l’épicier s’empresse d’aller trouver la voisine, qui elle comprendra peut-être mieux ce que veut dire le mot « cider » …. Mais rien à faire. Elle ne comprendra pas que l’on puisse s’exciter pour des pommes dans le pays du « Ouzo » …
Alors direction le rayon des grands vins… et là nous avons enfin trouvé l’homme qui a vu l’homme qui a aperçu un jour l’homme qui mettait une fameuse bouteille de cidre dans les étagères au fond de son épicerie.
3 rues plus loin… nous nous retrouvons chez notre expert spécialiste du cidre… Dans le fond du magasin, il sort une bouteille pas plus grosse qu’une canette de bière…. J’épluche l'étiquette… et devant nos doutes… me dit : 
-        This is cider with real apples !
Du cidre avec de vraies pommes…. Je sens le drapeau breton se hisser à moitié sur le mat. cette fois nous tenons la recette dont je vous livre le secret….

RECETTE INTERNATIONALE DU POULET "A LA BRETON"
Cette recette est pour 8 personnes (car nous avons un végétarien dans l’équipage)
Découper le poulet en dés (assurer vous qu’il est bien mort tout de même)
Mettez-le à mariner 2 heures dans un yaourt (pas de crème ici... car l'homme qui a vu l'homme ne sait pas !) et puis un peu d'huile par solidarité à notre équipe provençale qui a tout de même acheté 4 litres d'huile pour 15 jours...
Faites revenir les dés avec des oignons (selon Martine, c’est mieux de les éplucher)
Lorsque les dés sont légèrement dorés…et libérés du beurre… (ah oui c’est vrai ! il faut mettre du beurre salé…pour faire revenir les dés…), on verse délicatement le cidre… (ne pas en boire car je vous rappelle que la bouteille n’est pas plus grosse qu’une canette de bière)
Au cas où vous voudriez absolument vous rincer le gosier avant de verser le cidre dans la préparation.... prévoyez deux canettes.
Un petit coup de sel et de poivre à la guise de votre imagination… (plus de poivre ! les italiens ont tout raflé…Heu ! Martine ! pique leur un peu d’origan !)
Faite cuire le tout jusqu'à plus de gaz...



Et là je vous le dis…les joueurs de foot ont deux étoiles...Martine et moi visons directement la 3ème étoile…
Les grecs en parlent déjà et commencent à s’approvisionner en cidre.
Orazio et Giuseppe ont léché leur assiette… 
Pour enfoncer le clou, nous avons fait des crêpes pour éliminer le lait
Et ce soir Giuseppe a dit : « il faut racheter du lait »
La Bretagne a gagné…

AMORGOS

Nous quittons le grand bleu pour faire escale à Gramvousa, mais le vent nous repousse vers une anse plus abritée au Sud d’Amorgos. La mer est bien formée cet après-midi. L’ordinateur sur lequel j’écris tient difficilement sur la table mais Pasiphaé est impassible et son roulis ne nous écarte pas de notre cap. Mais après quelques miles, nous jetons l’ancre dans un abri au sud d’Amorgos devant Gramvousa.  Voilà presque une semaine que nous naviguons ensemble, que nous cohabitons ensemble sur moins de 40 m2. 
Giuseppe et Orazio sont sans doute les mascottes de l’équipage, mais mes autres équipiers sont tout aussi attachants. Giuseppe nous conte ses histoires et Orazio en bon sicilien commence à maîtriser le kit de la langue française qui se résume aux mots suivants : « soleil, belle, Madame, mademoiselle, Chéri-chéri et Tonton ».
Hervé aime l’écriture et tient des carnets de bord de la taille de confettis depuis ses premiers voyages. Il collectionne les cartes de visites en souvenirs de ses passages. Notre végétarien nous amuse parce qu’il est différent, parce que personne à bord ne se priverait d’un steak et d’un verre de rouge.  Il faut être fou non ? Certes les pois chiches étaient sans doute farineux, mais je dois dire que sa purée de butternuts a fait mouche. Comme dit le dicton : 10 minutes de rire par jour équivalent à un steak alors je crois que l’équipage a fait fort lors de cette première soirée végétarienne… Nous avons mangé la vache entière ! Mais je l’avoue, cette différence me rend curieux et je découvre sa cuisine avec doute et plaisir. Dans son art culinaire, je suis « un Bleu ».


Cathy est notre réveil matin. Des 6 heures, elle est sur le pont pour savourer sans doute ce qu’il y a de meilleur : le silence d’un mouillage ou le bruit d’un port qui se réveille doucement. Elle ne peut malheureusement pas manger 2 cm2 d’une crêpe au caramel beurre salé. Elle s’injecte 4 fois par jour pour un diabète qui ne la quitte jamais.  Elle accapare cette contrainte sans broncher avec un sourire naturel qui ne la quitte jamais. Elle nous explique sans pudeur qu’elle est chanceuse et que d’autres le vivent beaucoup moins bien.  Alors elle surfe sur les bons moments pendant que je me plains d’une simple piqure de moustique ; lorsqu’il s’agit de parler de maladie… j’ai presque honte de fuir la conversation : je suis « un Bleu ».
Atride est la troisième femme de l’équipage. Peut-être même qu’elle est seconde ou première car la hiérarchie n’a pas de place à bord excepté notre skipper que chacun respecte. Elle ressemble au chat grec. Elle est indépendante et discrète. J’ai cru entendre que la maladie l’avait touchée mais je suis lâche lorsqu’il faut parler du mal depuis ce jour où j’ai vu mon père poser un genou à terre. Je me refuse à toute discussion. Je m’accroche à son visage, son sourire et de ses coups de coude au Monopoly lorsque je dois payer 10 000 parce que ces foutus dés m’ont encore placé sur la gare de l’Est. Elle m’a raconté ses périples, ses galères de voyages en bateau à Monastir, ses projets de relier la Sicile seule en voiture pour voir Orazio qu’elle a connu lors d’un précédent périple.  Alors je l’observe, l’admire, je lance mes dés… et M…. Je lui dois encore 5 000. Je me suis fait avoir comme un Bleu.


Éric est le chéri de Cathy et le Chéri-chéri d’Orazio qui en profite pour enrichir son vocabulaire. Éric est un corse échoué sur le continent. Il est toujours levé le premier... heu non ! je dois confondre avec Cathy... Je recommence ! il est toujours levé le dernier ! II connait la pêche en méditerranée, la voile et rêve de mer et de bateaux. Il est toujours d’humeur égale, serein, d’un calme « olympien ». Je crois qu’il a jeté l’émotion « colère » à la mer sans jamais trouver la bouée de sauvetage pour la remonter.
 Par solidarité, il est capable de mener la chasse au trésor pour une simple bouteille de cidre, de monter des lignes de traîne pour débusquer le poisson. Il partage ce qu’il connait avec humilité et je me sens évidement tout petit lorsqu’il parle de régates, de voile, de bateaux en tout genre. Lorsque je le vois monter les voiles, pousser les chariots, Je me sens petit : Je suis « un Bleu » 
D'un groupe se dégage toujours une personnalité. Gérard sous son faux air de « Jean Réno » est drôle et attachant. Mais attention celui qui ne possède pas 3 grammes d’humour se noie immédiatement dans sa répartie tranchante. Son médecin lui a contre indiqué pas mal de choses : il ne peut pas boire plus d’un verre d’eau par jour sous peine de rouiller. Il ne peut pas manger 5 fruits et légumes par jour ou même jouer au Monopoly, il est dispensé de « club Med ». Plus généralement, son médecin, le pistolet au milieu du front, a interdit tout ce qu’il ne veut pas faire. Mais son toubib joue aussi à la roulette lorsqu’il oublie de l’interdire de pois chiches, d’éplucher des courges ou qu’il tente de glisser une demi-cuillère à café d’eau douce dans son régime alimentaire. L’eau le fait rouiller et chaque matin, il doit faire une demi-heure de gym et d’abdos pour éliminer cet excès sous l'œil hébété d'Orazio. En revanche, et toujours sous la menace, son toubib lui a prescrit de bourlinguer un peu partout dans des univers insolites, de boire du jack Daniels, de manger de la viande et d’en reprendre, d’embarquer sur des bateaux sans modération, d’imaginer comment faire un nœud de chaise en enroulant la corde autour de lui ou un nœud de cabestan aussi rapidement que Lucky Luke dégaine son revolver ! 
J’ai bien tenté de reproduire son nœud de chaise… J’ai juste réussi à m’attacher tout seul …  Alors en attendant de devenir un Lucky Luke, je reste là aussi « un bleu » 
Et puis il y a Pasiphaé notre bateau :
100 m2 de grande voile et 9 personnes qui tirent la corde dans le même sens pour une aventure humaine plus qu'agréable.
Une coque de quelques tonnes pour supporter 800 kg d’équipage et peut être même vingt kilos de plus parce que mine de rien la cuisine sicilienne et provençale vaut bien un poulet « à la breton ».
Pasiphaé supporte nos rires, nos silences, nos émotions, notre solidarité sans failles.
Pasiphaé est notre refuge... d'où s'échappent des rires, des émotions, des bruits de casseroles, des ronflements... 
Pasiphaé plonge dans la vague pour me rincer d'eau de mer, me remettre à ma place et me rappeler que le bleu… le grand bleu c'est peut-être moi

Il est 23h…Astride me donne un coup de coude….
- C’est à toi de jouer !
Je jette mes dés…. Mon pion avance…. « Rue de Paradis » …je regarde la mer...
- alors tu fais quoi ? dit Astride
- Lorsqu’on est au Paradis, il faut vite y construire un hôtel 

SANTORIN 

Pasiphaé entre dans le port de pêche de Santorin. Giuseppe nous a indiqué ou Pasiphaé devait s’amarrer. L’employé de la capitainerie avec brutalité m’indique l’emplacement que Pasiphaé doit rejoindre immédiatement. Nous irons donc au milieu des pêcheurs à la ligne qui pullulent sur le port. Amarrage, prises de quai…pour recharger les portables… pieds à terre pour recharger les bonhommes, nous courons avec Hervé pour organiser une location de voiture ou scooter. Nous avons trouvé un fourgon Mercedes et l’ile s’offre désormais à nous. 
Oia est au nord de l’île. Déjà les premiers touristes se précipitent. Nous assisterons au fameux coucher de soleil, ou fameux « Sunset » pour les américains ou chinois bien présents sur le site. 
C’est ici que les amoureux du monde entiers se retrouvent pour imaginer, face à la mer, leur horizon commun. C’est ici que les demandes en mariage pleuvent sous un soleil couchant et ce soir la réputation de cet endroit particulier ne déroge pas. La nature est présente et dresse son décor d’un romantisme exagéré pour des touristes superficiels.
J’admire le décor et d’un œil j’observe ce couple d’américain. Elle boit son champagne à la bouteille…. Quel romantisme !
L’idée de partir dans une poésie grivoise me taquine :

Chinois avec canne à selfie
Américains, la bouteille à la main
Viennent à Santorini…
Les billets à la main…
J’aurais pu continuer dans un délire poétique mais le décor est d’une exception à couper le souffle et je préfère retenir ce couple réservé qui face au soleil couchant, vient pour allumer ce qu’il espère vivre à tout jamais.
Alors je souffle de mes vœux sur cette discrétion et je leur réserve ces mots :

Oia !
Sur les falaises romantiques 
Où les maisons scrutent la mer,
Regardez ces moulins inviter le soleil

Et dans cette danse...
Observez le soleil ôter son chapeau, tomber son voile de nuages
Puis avec grâce rejoindre les sirènes.

Oia !

Vos cœurs en braise volcaniques 
Vous enlacés, Prenez vos amers 
Vivez vos rêves qui s’éveillent

Et en cadence…
Avancez peau contre peau, Ecrivez vos premières pages
Mettez en place votre robe de traîne.


Le soleil a plongé dans la mer et la nuit est tombée su Oia et nous allons retrouver Pasiphaé.

Lundi nous partirons pour 3 jours pour des iles sans ravitaillement possible. Alors il est temps d’abandonner la poésie… Ça vous tente ? je vous sens prêt(es).
Le Mercedes se stationne sur le parking… 9 équipiers descendent avec envie …je ne sens pas trop cette abondance d’équipiers…. Ça va être un beau bordel !
Gérard sort la caisse de bord, pousse le caddy pendant que les 8 autres mousquetaires s’échappent dans les rayons à la recherche de tout ce qui a pu leur manquer cette semaine.
Sachant que Giuseppe n’aime pas les pommes, qu’Hervé ne mangent pas de viande et que les pois chiches… sont interdit de séjour sur le bateau…. Sachant que Cathy ne mange pas de patates et que je déteste le concombre. Qu’Orazio pique nos ingrédients et que si ça continue... je vais planquer le persil sous mon matelas…que Gérard veut de la viande et du Jack Daniels, que Martine a amené son bouquin de cuisine bretonne mais qu’on ne trouve rien dans ce P….. de magasin…. Qu’Orazio fait du plat à la fromagère… et que manque de bol pour nous…. Elle est italienne et aime la Sicile…et qu’il commence à gouter le fromage… sachant qu’il ne faut pas lancer les peaux de bananes à la mer (laisse tomber les bananes prends des pommes… mais non ! Giuseppe n’aime pas) qu’Éric veut du Samos, la spécialité locale en apéro… et que Giuseppe n’ira pas jusqu’à charger une barrique de lait dans le Mercedes… et qu’il reste 3 litres d’huiles…et des citrons qui pourrissent dans le frigo et des dates limites sur les yaourts et que je soupçonne un équipier de confondre courgette et concombre…. Et même le rosé avec le rouge…
A tout ça… on y ajoute l’alphabet grec et des « Qu’est-ce que c’est ? Et « ça doit être » …
Je finis prêt de la caisse avec Astrid en rêvant d’abaisser le drapeau à damiers façon grand prix de formule 1...
2 heures plus tard… Giuseppe est le dernier skipper du Vendée Globe qui enfin boucle son tour du monde…. Nous y sommes…. On passe la caisse. Mais c’est Génial…. Tu as le pognon Gégé ?
On roule vers le port… silence absolu…
Heu ! On n’aurait pas oublié le pain ?


IOS 

Santorin, 6 heures du matin…
Le soleil sort de l’eau et déploie ses plus belles couleurs. La nuit s’envole et le soleil s’étire. Nous entrons dans le cratère. Pas un navire, pas un paquebot… il est tôt et les âmes éveillées sont récompensées. Tout l’équipage est sur le pont. La beauté n’a pas de limite. Cathy gère son insuline avec perfection pendant que j’hésite encore entre une pierre de sucre ou une demi-pierre dans mon café. Orazio chante, le soleil l’accompagne dans cette pureté. Les maisons nous saluent, le volcan déploie des couleurs rouilles, rouges et noires. Tout le monde se tait…c’est tout simplement beau et proche de la perfection que nous recherchons.
Pasiphaé quitte Santorin et se dirige maintenant vers Ios. Le G.P.S. nous guide. j’ai aussi une préférence pour regarder le T-shirt d’Orazio. Il représente les Cyclades et les îles que nous traversons.
Port Alimos d’où nous sommes partis, repose sur son sein droit. Puis Amorgos et la plage du grand bleu, se dessinent au-dessous de son sein droit. Santorin est au Sud, placé sur son nombril. Ce matin nous quittons donc son nombril pour remonter doucement vers son sein droit.
Ios nous regarde et nous jetons l’ancre à 10h30. Martine et moi sautons sur les casseroles. La cuisine « à la breton » revient après 4 jours d’absence. « Émincé de poitrine de porc à la breton ». 
Vous connaissez ? 
N’allez pas chercher dans vos livres de cuisine… On vient de l’inventer. C’est une exclusivité qui a un avenir certain et que nous peaufinerons dès notre retour au pays. Aussi vous comprendrez que pour le moment la recette reste secrète et que même sous la menace de Gérard, nous ne délivrerons absolument rien.
Le style « A la breton » est né. Il est devenu une spécialité comme « A la toulonnaise » ou « A la sicilienne ». « A la breton » restera donc une spécialité bretonne avec de réelles perspectives à Milan ou à Palerme. Orazio aime sa Sicile et l’Italie. Il paraitrait même que la Sicile est à la 5ème place de la gastronomie du monde. Attention ! Il ne faut pas plaisanter avec ça !
Personnellement, je n’ai pas envie de passer par-dessus bord alors je me plais à lui dire que 5ème est une place honorable et qu’un jour viendra où peut être la Sicile pourra rivaliser avec la cuisine « A la breton ».
Orazio aime la cuisine mais il adore Dalida. Grace à lui, j’ai aussi appris que la star « qui n’a pas changé » est née en Egypte, mais attention …. Roulement de tambour !  Ses parents étaient « Italiens » ! Et ça ne se négocie pas alors allons-y pour des parents italiens mon petit Bambino !
Orazio est attachant et exceptionnel. En plein cœur de Santorin, j’en ai encore eu une preuve croustillante… 

Je vous sens intéressés non ? 
Nous étions hier midi tranquillement installés à manger des souvlakis lorsque deux belles blondes sont arrivées pour commander. Effectivement, le regard peut se détourner, mais de là à s’attacher comme une huître peut se coller à un rocher, il y a une limite à ne pas dépasser !
 Les paris sont lancés … 
- Svedese me dit Orazio…
Alors pour le plaisir de le voir se planter et parler d’un air sévère avec ses mains, j’ai parié sur des slovènes ou tchèques.
Quand on parie, il faut toujours connaitre le résultat. Alors comment faire ?
Orazio fait son timide… et me baragouine qu’il ne parle pas un mot d’anglais…et m’appelle presque au secours.
Astride se marre et me dit :
- Ben Claude ! Vas–y !
Je ne pense pas que la suite de notre périple dépende de la nationalité de ses deux blondes mais je sais aussi que la sicilien ne lâchera rien ! Je me suis levé et avec mon Orazio sous le bras, je me suis dirigé vers nos sirènes blondes qui du reste n’étaient vraiment pas farouches. Après quelques échanges et sous le regard de mon sicilien, ces filles m’ont lâché ce que j’étais venu chercher. Rien à voir avec la Slovénie ou un quelconque pays de l’Est. Ce sont bien deux suédoises expatriées dans l’Arizona…qui passent leurs vacances à Santorin.  J’ai ma réponse…je réponds à mon tour à leurs questions puis tente de reprendre notre chemin. Bravo Orazio ! J’ai perdu…je m’incline, je les salue… et tente de continuer mon chemin.  Mais Orazio en bon vainqueur ne s’arrête pas là … il ne repartira pas sans un trophée, un souvenir !   Alors il les embrasse comme un expert à Miami qui n’est pourtant pas foutu de pointer l’Arizona sur une carte, ni même de citer le simple nom d’un des cousins de l’oncle Sam…. 
Tu nous embrouilles Orazio…on doit redonner le Mercedes à 17h !
Ah ces siciliens !  
30 mètres de chaîne s’enroulent et nous quittons notre baie.
Le Meltem souffle et la mer se forme en quelques minutes. Giuseppe doit crier pour être entendu à 3 mètres. Pasiphaé se lève, il est bousculé. Il se cabre comme un cheval. Dire qu’il y une heure nous mangions tranquillement dans une baie abritée à « Ios ». Tout est devenu différent en quelques minutes. Éric notre Co-skipper sort de sa cabine et doit monter sur le pont. On entend les verres les assiettes pleurer misère dans les placards… La mer se fâche se défoule. Giuseppe reprend la barre et lâche un peu de voilure puis la rehausse. Les voix montent aussi vite que la mer se durcit, ça bouge, ça tangue, ça tape, ça cogne. Le pont est lavé, balayé par les vagues. Éric et Giuseppe sont harnachés à la barre. La vaisselle dégringole. Un hublot mal fermé dans une cabine laisse l’eau du pont s’engouffrer comme une cascade.  Je me précipite pour la fermer. Il faut laisser le coup de vent passer, courber l’échine et continuer à sourire. 
Atride et Hervé sont rincés, dégoulinants et ils semblent aimer ça.  Leur quart se termine Gérard et Orazio doivent les remplacer.  
Le vent continue de souffler nous n’irons pas jusqu’à Folégandros.
Ce soir nous sommes à l’abri dans le petit port d’Ios. Un bateau s’approche… nous l’aidons à s’amarrer… ce ne sont pas des filles de l’Arizona… mais des russes… la nuit va être calme.
Départ à 6h demain, 
Mer agitée.

SIFNOS ET SERIFOS

Il est tard et je suis seul avec Gérard sur le pont. Giuseppe est parti se coucher, Orazio dort et son ronflement prend déjà son rythme de croisière.
- ma fille m’a parlé d’une histoire de blog et de bananes ? me lance Gérard
- Oui, j’y mets quelques photos… lui répondis-je
Je sens sa curiosité légitime. Voilà plusieurs jours que nous sommes ensemble et les équipiers découvrent le blog par SMS ou téléphone. Les amis, l’entourage proche leur en parlent mais eux ne le découvrent que partiellement. Martine questionne, Hervé y participe, Cathy et Éric posent quelques questions avec toujours une envie de lire, de découvrir. Il paraîtrait même que Claude écrit un chapitre journalier… J’essaie pourtant de rester discret sur mes écrits pour ne pas influencer l’équipage. Ils sont tellement attachants, différents les uns des autres, qu’une simple lecture pourrait les rendre aussi coincés qu’une première visite chez leur belle mère. Alors je laisse couler…ou cou.ouler comme dirait Giuseppe avec son bel accent.
Mais cette fois, et après plusieurs demandes, dans la nuit silencieuse, j’ai regardé Gérard et j’ai retourné l’ordinateur. Sa fille lui en a parlé et sa femme se précipite le soir sur son ordinateur pour découvrir nos péripéties du jour.  La surprise fut belle… et pour la première fois il pouvait lire son expérience végétarienne et nos étapes de la journée.  Gérard est écroulé... Il en pleure… il ébranle le silence… à la limite de l’incontinence.
Et après avoir inondé la banquette, il me dit :
- Ah non… on ne peut pas lancer les peaux de bananes à la mer…. Il faut changer ça…
Alors officiellement ce soir, je glisse un erratum …car l’heure est graves chers lecteurs !! 
Ne lancez jamais une peau de banane à la mer…. Hervé l’a dit. Gérard le confirme… 
On se demandera toujours pourquoi ces deux-là s’engueulaient !

Et puis, puisque l’occasion m’est donnée, j’en profite pour passer un message personnel à la femme de Gérard. Vous pouvez revendre le manche de votre balai. Gérard est d’une efficacité incroyable avec une simple balayette à la main et une pelle.  Il peut sans problème balayer 40m2 en quelques minutes ! Si vous avez 120m2, il suffit juste de prévoir 3 balayettes !
Il est 6 heures… la boulangerie du port ouvre et les amarres doivent être larguées. Giuseppe est sous le charme du pain chaud ou sous l’inquiétude d’une mer très agitée.
- nous allons manger ici car ensuite, plus question de faire la cuisine ou même chauffer un café. Il faut tout ramasser dans l’évier, fermer hublots et placards.  Il faut réveiller tout le monde. Tout le monde doit mettre un harnais.  
Cette fois, nous sommes prévenus :  ça devrait tabasser ….
Nous profitons de l’abri de La nuit pour hisser la grande voile…Pasiphaé sort du port et c’est partie pour cinq heures de tabac…On réduit la voile. Ça râle ou gueule dans tous les sens…la mer couvre les voix.  La houle est forte.  La mer recouvre Pasiphaé de ses plus belles vagues. Le Meltem souffle comme si l’été ne voulait pas mourir. Chaque équipe prend son poste à tour de rôle.  À 10h, je me sens presque épargné. Le vent souffle moins fort et la mer propose une trêve que Martine et moi prenons volontiers. Le vent et la houle dévient notre trajectoire et à 12h il faut encore tirer un bord pour atteindre la baie abritée de Vathi dans l’ile de Sifnos.
Le temps de faire un point et Giuseppe nous informe de la météo. La nuit sera très agitée. Il est plus prudent de rejoindre le port de Sifnos et de décaler la remontée dans la nuit de mercredi à jeudi. Faire les équilibristes une dizaine d’heure est éprouvant.  Alors ce soir tout l’équipage ira se coucher et sautera dans son lit. 
Après deux heures de navigation, nous arrivons au port de Kamares. L’équipage est éprouvé par cette journée. Cela se sent. La susceptibilité et l’agacement dans les manœuvres se perçoivent. Orazio n’a pas mangé de pâtes depuis quelques jours alors la cuisine toulonnaise s’effacera et la Sicile vaincra. La mer ne nous a pas ménagé et Pasiphaé va pouvoir souffler.  Pourtant, je sens tout de même une certaine excitation de l’équipage épuisé. La Sicile est sur la table mais les esprits commencent à se détendre.  L’ambiance monte après l’apéro et les aubergines de Cathy s’invitent dans les fameuses « pastas ». Éric est au service. Giuseppe et Orazio ont encore passé une heure pour tenter de faire fonctionner le lecteur de musique qui est vraiment capricieux. Et à force de persévérance, le miracle se produit. La musique est apparue après deux trois braillements des hauts parleurs.
Éric branche aussitôt son téléphone portable. Il veut absolument nous faire écouter le « Haka » toulonnais. Après tout, c’est la soirée provençale, alors laissons-le s’activer. Il est fier de son équipe de rugby alors nous allons écouter…  À notre façon !
Gérard a aussitôt chaussé ses crampons de 22 et je me lève, prêt à entrer dans la mêlée. Alors autant se préparer à une troisième mi-temps difficile…et faire chavirer le bateau…

Et c’est parti ! le stade est un brasier. La foule hurle.  Éric lance le premier son cri d’homme des cavernes. Il est aussitôt suivi par Gérard et je vais livrer tout ce que j’ai dans la poitrine et cracher tous les embruns de la journée. Nous avons étés secoués toute la journée, mais ce soir nous serons invincibles et prêts à affronter les All blacks et ils peuvent même y ajouter les remplaçants…. Nous sommes INVINCIBLES… !  Et ce n’est pas Gérard qui me contredira.
Nos corps et nos cris pourraient même aller jusqu’à faire peur à Orazio. Un peu effrayé par nos cris, il se réfugie vers le pupitre de sono. Ce soir il a décidé d’être arbitre plutôt que d’être secoué dans la mêlée par une bande d’enragés. Ce soir Toulon va gagner. On va tout faire « « PETER » !!! 
Les tubes s’enchainent et l’équipage se déchaîne. Le groupe « Kiss » est le premier à entrer en scène devant un équipage en délire.  « I was made for loving you » devient « we were made for loving us ».
Dommage, nous avons oublié le maquillage alors nous allons redoubler d’efforts dans la chorégraphie. Attention le passage de batterie arrive… Orazio nous fait une descente de toms exceptionnelle et Gérard à la guitare reprend pendant que j’entonne le refrain à tue-tête… Ce soir c’est du grand spectacle ! les musiciens sont chauds et la foule en délire.
Hervé commence à lâcher la soupe aux potirons… et se tient prêt pour la suite…
Des allemands passent sur le quai. Ils n’en croient pas leurs yeux…Village People arrive maintenant. Il nous manque juste des plumes, un casque de chantier, un chapeau de cow-boy et une casquette de policier. Giuseppe s’accroche à une barre en inox sur le pont "façon chippendale" …et ça braille, ça chante, ça crie…. Tout l’équipage danse devant une poignée de grecs un peu déconcertés devant la scène. Les chats sont aux abris… Et devant Pasiphaé passent bientôt nos accessoiristes…trois policiers en tenue, sortis de je ne sais où se présentent devant nous….
Un moment d’hésitation mais tout de même… on ne peut pas laisser passer le refrain !!
Nos trois fans costumés nous ont salué, prêts à entrer dans la salle de concert…. Ils sont sympas ces flics…On les invite Gérard ?
-Venez, Venez ….
Ils préféreront rester sur le quai à l’écart de tout ce qui peut déraper à tout instant. Ils s’en tiendront à une chorégraphie un peu pudique et ce soir nous ne finirons pas au poste…Alors Orazio ! monte la sauce !
La fête continue, et Pasiphaé après les tremblements de la mer, subit notre tremblement de terre. Cette aventure ne peut s’arrêter, elle doit continuer… Alors, comme pour supplier les dieux du mont Olympe, je me suis mis à genoux et j’ai repris ma guitare… Gérard a repris la sienne, Éric ses maracas estampillés « bouteille en plastique » et Hervé lâché ses citrouilles…. Tant pis ! la soupe de potimarron n’a qu’à bien se tenir !
We are the Champions … mes amis !
Dix minutes de rires équivalent à un steak…. Ce soir on a bouffé le troupeau….

Demain, Pasiphaé repartira à 6h30…  Et M…. !  Avec nos conneries…. On a oublié de racheter des allumettes…. Tant pis, On mangera froid

SIPHOS VERS POROS

Il est 7h. Pasiphaé quitte le port dans un silence absolu. Les chats effrayés par la soirée de la veille reviennent timidement devant le quai à la recherche de nourriture. Gérard procède à sa séance de décrassage au rythme du soleil levant. Il faut dire que le match d’hier a été éprouvant, usant… Le quai est vide.  Les commerces et restaurants dorment encore. Un pêcheur brosse le pont de son bateau. Je m’approche de lui pour lui demander quelques allumettes ou tenter de lui racheter son briquet, mais en vain. Je suis tombé sur le seul pêcheur non-fumeur de l’île. Alors promis, je m’agenouillerais devant notre allume-gaz pour qu’il nous offre ses ultimes étincelles et l’espérance d’un repas chaud.
Pasiphaé quitte le port. Sa proue fait face au vent et nous hissons la grande voile. La mer, a sans doute trop dansé hier et semble vouloir s’apaiser.   L’île de Sérifos nous attend pour le déjeuner et nous repartirons ensuite vers 16h. Nous abandonnons les Cyclades et son fameux "Meltem" qui nous a tant secoués la veille pour rejoindre l’île de Poros dans le golfe saronique.
La baie de Sériphos est belle et ressemble à un désert. Pasiphaé est le seul bateau ancré et le vent tournant qui souffle encore nous oblige à contrôler notre mouillage. Je l’observe tourner autour de sa chaîne comme un berger veille sur son troupeau. 
 Ce bateau est devenu notre ami.  Bien plus qu’une coque et un mat, c’est lui qui nous transporte. C’est lui qui nous abrite, qui supporte nos repas, notre sommeil, notre stress, nos sourires et nos rires, notre bonne humeur et notre fatigue.  Il est notre refuge et le gardien de nos émotions… C’est notre dixième équipier et peut être même le premier. Comme notre animal de compagnie, nous le brossons, hissons ses voiles pour qu’il soit plus beau. Nous voulons qu’il soit propre, beau, solide, puissant, fier de son équipage. Nous veillons au moindre détail pour qu’il soit bien…. Nous l’aimons… et je sens qu’il nous aime. Comment remercier celui qui vous supporte et vous transporte. Comment remercier ce bel animal qui vous donne souvenirs et émotions. Comment remercier ce bateau qui rassemble en son sein, un équipage d’inconnus devenu amis.  
Cette nuit, à tour de rôle, nous observerons la mer et les étoiles avec toi Pasiphaé. Comme le fidèle allume son cierge dans le cœur d’une église, mon esprit décrochera ton étoile. Je l’accrocherais sur ton mât. Merci à toi. Merci pour ses émotions.
18 heures
Pasiphaé vogue vers Poros. Le soleil le caresse de ses dernières lumières ocres avant de disparaître dans l’horizon. La nuit arrive et s’habille doucement de sa cape noire parée d’étoiles.  Le vent semble s’essouffler doucement comme s’il voulait ralentir notre élan et suspendre le temps. 42 miles à parcourir dans l’obscurité. Je monte rejoindre Martine à la barre pour 2 heures pendant qu’Éric redescend. Astride viendra remplacer Martine dans une heure et notre cérémonial autour de la barre serra respecté.  Éric est un homme de régate et en recherche constante de vitesse. Pour moi, peu m’importe la vitesse… je passerais deux heures à regarder Pasiphaé épouser la forme de la mer. 
2 heures à observer l’horizon, le ciel, la lumière d’un phare, où d’un bateau. 
2 heures à écouter la vague claquer contre sa coque, 
2 heures à écouter le vent dans les voiles, 
2 heures à écouter un silence… 
2 heures à sentir les embruns, 
2 heures à sentir que je suis bien, 
2 heures à me dire que tout va bien…
Puis vingt heures arrivent et je redescends pendant qu’Hervé monte.  Promis …. Je reviendrais au cœur de la nuit.
L’équipage a fini de manger, et une assiette préparée par Hervé m’attend… Gérard l’accompagne ‘un verre de vin….
Végétarienne, sicilienne, Provençale, toulonnaise ou bretonne…  Ce soir il n’y a pas de spécialité. Nous poursuivons notre navigation et la mer pour compenser, offre ses couverts d’agent…
21h30 je suis couché. Seul dans la cabine…Pasiphaé me berce comme une mère berce son enfant pour l’endormir. Il m’aime. Je suis fatigué mais l’enfant espiègle et égoïste veut profiter de ses bras et ne rien perdre de sa douceur. Je m’accroche, résiste, puis mon esprit plonge dans des flots devenus trop beaux.
1H30 Mon œil s’ouvre, j’enfile mon pull, mon ciré, mon harnais et je remonte sur le pont. Giuseppe veille. Il n’a pas dormi et ne dormira pas. Chaque heure il relève notre position, notre cap, la force du vent, notre vitesse, notre progression. Il reste 12 miles à parcourir.  Le vent s’est endormi et la mer l’a suivi. Pasiphaé traîne. il vogue lentement…. Le phare d’Hydra flashe à bâbord à 8 miles de nous.  Les lumières d’Athènes polluent l’obscurité à tribord à 20 miles. Devant nous une guirlande rouge signale des éoliennes.  Quelques ferrys passent, et nous avançons lentement et silencieusement dans la nuit.
7 heures. Tout le monde est sur le pont. Poros est devant nous. Le port est animé. Une cinquantaine de monocoques sont au garde à vous devant Pasiphaé qui les passe en revue. La transat « Fucking race » (ça se passe de traduction !) se prépare… et moi qui suis encore couvert d’émotions… il n’ont rien trouvé mieux que de troubler le romantisme de cette île en nommant leur régate "the Fucking race ». 


- Il faut préparer les pare-battages, crie Giuseppe… avec son accent qui nous fait marrer... nous allons amarrer à la grecque !
 Mais au fait, savez-vous ce qu’est l’amarrage à la grecque ?


POROS

Si l’amarrage à l’anglaise consiste à venir poser le flanc de Pasiphaé contre le quai, l’amarrage à la grecque est un peu plus sportif et en arrivant à Poros c’est celui que Giuseppe choisit après une nuit en mer.
Pasiphaé doit approcher sa poupe le long du quai protégé par deux grosses bouées circulaires.  Les amarres doivent être lancées puis passées autour des bites d’amarrage puis récupérées et finir par un nœud de taquet. Orazio se tient prêt sur la proue pour lâcher l’ancre.
Pour celles et ceux qui ne maîtrisent pas trop ce jargon de marins trempés dans l’eau de mer, je vais vous le décrypter avec mon langage de marin d’eau douce :
  Nous arrivons chez les grecs… Le bateau doit se présenter le cul à l’arrière…
Alors je dois crier :
« Cathy ! sors les boules pour éviter que ça tape dans le cul ! »
Pendant ce temps, Orazio mouille … 30 mètres de chaîne vont suffire pour le bloquer !
Giuseppe hurle « Tire…Tire » puis « Roucoule, Roucoule ! » ce qui veut dire Recule…Recule.
Et nous de répondre … Comment veux-tu, Comment veux-tu !
Un grec est toujours présent sur le quai pour vérifier le cul… et montrer les plus belles bites ! 
Jusqu’à l’épuisement total de Pasiphaé cordé et chaîné, Gérard et moi sommes toujours en équilibre et contorsionnés pour vérifier la distance entre le cul et la bite du grec… pendant que Orazio vérifie que la chaîne est bien tendue pour éviter que ça fasse mal au cul. 
Bon cette fois tout s’est bien passé…  Çà ne fera pas mal ! 
Alors, lorsque Giuseppe annonce un amarrage à la grecque, vous comprendrez que la gente masculine pose les mains sur les fesses, les serre et ensemble nous crions…. « Attention au cul ! »
Une fois la passerelle déployée… et comme deux précautions valent mieux qu’une, Gérard et moi faisons toujours face au quai et ne sortons jamais à reculons !
Amis de la poésie, Bienvenue à Poros où va se dérouler la « Fucking Race !»
Poros vit à l’heure de sa régate qui doit partir dans la matinée. Pasiphaé fait son plein d’eau douce. Il faut dire qu’un amarrage à la grecque reste éprouvant. Cette eau douce nous permet de nous doucher à raison de 2 litres d’eau par jour et par personne, de faire le café, la vaisselle et de cuire les patates qui accompagnent le fameux « poulet à la breton ». Nous prenons notre petit déjeuner en essayant d’organiser notre journée. Giuseppe veut se reposer après une nuit à faire ces relevés de la nuit. Astride veut un scooter, Martine sort son routard, Gérard a repéré une taverne ou la moussaka détrône les 3 étoiles des guides Michelin, Hervé la veut sans viande, Cathy sans sucre, Éric notre corse qui ne jure que par Toulon la préfère à la toulonnaise (parce que Toulon, c’est Toulon !), Orazio veut passer la journée avec Tonton… alias Gérard…. (D’ailleurs, Je pense que nous somme pas loin du pacs, voire du mariage si Orazio cesse de ronfler)
Pourquoi tout devient si compliqué à organiser lorsque l’homme met un pied à terre ? Alors pour surfer sur l'ancrage à la grecque, il faut bien prendre les choses en mains ! Je suis descendu sur le quai, j’ai levé le bras en direction d’un taxi qui stationnait le long du port. Je lui ai demandé de m’emmener au temple de Poséidon puis au monastère de Poros. Un taxi n’a pas suffi….  Il a fallu en commander un deuxième… nous n’arrivons plus à nous quitter !
Les taxis serpentent la montagne dont la végétation est beaucoup moins désertique que celle des îles des Cyclades. Les pins et eucalyptus se dressent autour de nous.  La végétation est plus dense. Mais le temple de Poséidon n’est en fait qu’un amas de pierres éparpillées au milieu de cyclamens sauvages.  Il faut une sacrée dose d’imagination pour tenter de reconstituer ce que fut ce site. Si tout petit j’ai été un féru de lego, je me contenterais juste de la vue et de ces montagnes vertes qui descendent jusqu’à la mer et tant pis pour ces pierres… Elles resteront les témoins d’un passé prestigieux et aujourd’hui, témoins d’un Tonton Gérard qui voudrait bien se taper une bonne moussaka !
Sur la route du monastère de Poros, j’entame une discussion avec notre chauffeur de taxi. La célèbre taverne repérée par tonton Gérard est fermée.  Peu importe, il nous indique une table ou la moussaka ne sera peut-être pas aussi bonne qu’à Toulon, (parce que Toulon c’est Toulon !), mais elle sera bonne. Alors c’est parti pour une moussaka…
Bilan :
Orazio ne supporte pas la Béchamel ! 
Cathy et Éric ne l’ont pas trouvé aussi bonne qu’à Toulon parce que…  Toulon C’est Toulon !
Martine est partie faire 3 bornes pour évacuer le plâtre qui lui colle à l'estomac....
Astride l’a trouvée un peu lourde et moi presque aussi farineuse qu’un kilo de pois chiches… alors nous avons fini affalés à refaire le monde et scruter le port dans le fauteuil d’une terrasse abritée.  
Quant à Gérard même s'il pense que la moussaka n’a pas été aussi bonne que la cuisine d’un sicilien allergique à la béchamel… il conclut : 
On est mieux là que dans le métro ! 
Puis, nous avons écouté l’orage d’un 9 novembre en pensant que notre voyage portait la fin de l’été.

RETOUR A PORT ALIMOS

6 heures 

Nous larguons les amarres dans un port endormi. Seul le vent fronce la mer et fait parler les mats. Pasiphaé avance doucement dans le soleil levant. Au revoir Poros ! Cap sur Port Alimos en flirtant pour une ultime fois avec une dernière île.
Nous nous arrêtons à Egine cette dernière île vers 10h.  Ce sera notre dernier petit déjeuner ensemble car demain matin, je partirai avec Martine pour l’aéroport laissant derrière moi, le souvenir d’un voyage mêlé d’horizons, de vagues, d’embruns, de déserts, de maisons blanches, de moulins, de soleils levants et couchants. 
Je partirai aussi avec le souvenir d’une aventure humaine extraordinaire : 
Mariana a dû fêter ses 83 ans. Toujours prête à ouvrir sa porte et son cœur, elle doit guetter sur sa terrasse la mer et les touristes qui passent. Je pense à elle et à Constantino, à ces grecs souriants prêts à nous aider à amarrer, à ces policiers prêts à rentrer dans la ronde au milieu d’un équipage déchaîné et fatigué d’avoir affronté une mer très agitée et je pense à tous ces grecs, pêcheurs, cafetiers ou gens de la rue que j’emmènerai demain avec moi dans ma mémoire et dans un souvenir que j’écris. Et puis il y a cet équipage ! Inconnus encore il y a 15 jours, avec nos différences qui ne laissaient pas envisager la moindre rencontre. Ce que la rue, la ville, le travail n’aurait jamais réussi à faire… la mer et Pasiphaé l’ont fait. Un univers confiné, posé sur un espace où l’horizon est la seule limite où le ciel étoilé suscite imaginaire et impuissance, un endroit où personne ne peut fuir, où personne ne peut zapper, délaisser, abandonner.  Dans notre cocon, tout le monde doit prendre et apprendre, supporter et tolérer, recevoir et donner et au bout du bout… vivre un moment d’exception.
Alors, je dresse notre plus belle table et, comme un habit du dimanche je pose notre plus beau drap…  Un drap que nous avons conservé sans connaitre le symbole qu'il représenterait. Notre plus belle table va nous offrir quelques minutes d’un fabuleux bonheur…
Dans l’après-midi, nous serons à Port Alimos pour la fin d’une page et la fin d’un voyage. Je savais que le moment du dernier amarrage ne serait pas simple. Pasiphaé lui non plus ne s’est pas laissé faire, refusant de se coller à son voisin.
Pasiphaé, après avoir quitté Egine, fixe son dernier cap. À bâbord, des cargos entrent et sortent du port du Pirée, semblant glisser sur l’eau. Pasiphaé chemine au milieu de ses monstres de fer comme une sardine au milieu des baleines. Au loin l'acropole fixe son cap. Il entre dans le port, sans sursaut… puis se débat lors de l’ultime amarrage, se débat encore parce qu’il ne veut pas laisser mourir ou s’endormir ce qu’il y a de plus beau. Puis encordé, enchaîné, sa voile disparue, son moteur s’éteint une dernière fois. 
Je regarde Pasiphaé que j’ai vu se cabrer dans la mer… si fier de nous emmener.  « Pasiphaé ! »  
Pasiphaé est une fille… à la fois magicienne et immortelle, cette belle fille, ce bateau représente le désir de jouissance…  Comment mieux symboliser les jours que nous venons de vivre ? magie, jouissance et souvenirs immortels.

Et dire que je vais devoir le quitter et m’acharner à refaire une valise et exercer mon meilleur sourire pour une hôtesse de l'air...

VALISE .... 
Après un dernier clin d’œil à l’acropole, le temps est venu de refaire sa valise.  Martine a déjà ficelé la sienne, mais pour moi tout reste à faire !
Bon procédons méticuleusement !
Je laisserais la valise ouverte sur le pont car notre cabine ressemble à l’embouteillage d’un vendredi soir sur le périphérique parisien alors, je ferais quelques allers-retours pour la remplir. C’est fou comme mon intelligence logistique peut parfois m’épater ! 
Je prends le paquet de linge sale, je gravis les 4 hautes marches pour aller sur le pont et à la façon d’un godet de pelleteuse, je lâche tout dans la valise….
Je redescends les quatre hautes marches pour un 2ème voyage et je bute dans les 4 hautes marches en remontant et je lâche mon deuxième godet… pour grossir un peu le tas…
Je redescends les 4 hautes marches pour un 3ème voyage mais le tas commence à m’inquiéter sérieusement. Il reste palmes, masque, tuba, trousse de toilette…et tout le linge propre qui n’a jamais servi (j’aurai dû en prendre moins !) je remonte avec mon linge plié bien propre et je m’étale dans les 4 hautes marches…. Et M…. !  Alors je ramasse le linge propre déplié… et je lâche le troisième godet sur le linge sale… on verra ça plus tard !
Il reste la trousse de toilette…le matériel de pêche, et je sais que ça ne rentrera jamais ! Il faut plier le linge sale… un comble ! 
Je commence donc à plier, à tasser à tasser encore et encore…. Puis vient le moment ultime du verdict tant attendu…. Les glissières de fermetures se tendent…un bon coup de genou, un deuxième…et la délivrance arrive enfin… Ma valise est fermée.
C’est le moment que choisit Hervé pour réapparaître de notre cabine et, sans se vautrer dans les 4 hautes marches, brandit une pile de t-shirts : 
-C’est à toi Claude ?
Les glissières redescendent et il faut toujours se servir des genoux pour éviter la catastrophe… je tasse j’inverse les places du linge propre et du linge sale pour répondre à ma fameuse intelligence logistique, je referme, mes genoux sont usés de tasser…et les glissières remontent et commencent à souffrir de la tempête…. Mais oh ! Miracle ! Elles résistent…
Au fait, Comment je m’habille demain ?


6 heures et l’équipage est sur le pont. Martine et moi partons les premiers
J'’essaie de dissimuler un cafard bien installé. Je descends la valise sur le quai… Je remonte pour saluer ceux qui n’étaient encore que des inconnus il y a 15jours. J’embrasse Cathy en croisant une dernière fois son sourire, puis Astride que je serre dans mes bras. Éric (mon corse dormeur) est là, Hervé (mon compagnon de cabine) et Orazio (mon sicilien adoré) me tendent la main avec un sourire qui pèse encore plus lourd sur un cafard que je peine à dissimuler.
Gérard s’avance et me prend dans ses bras et nous nous embrassons. Après tout, nous avons tant pissé de rire qu’une bise ne sera pas de trop pour nous séparer.
Je quitte Pasiphaé… mon pied est à terre et celui sans lequel, rien ne serait arrivé est planté devant moi. 
Je prends Mon père dans mes bras, Mon turinois préféré…  Mon «Giuseppe».
Martine est silencieuse presque aussi mal que moi mais tenue par une fierté bretonne. Un breton ne pleure jamais. Parce qu’un Breton est breton....
Nous avançons sans nous retourner. Les valises roulent sur le quai à la vitesse d’un corbillard. 
Au revoir mes amis


ET PUIS LOGUE 

2 heures à patienter dans un aéroport où la foule fourmille dans tous les sens. Je vais donc en profiter pour ouvrir une dernière fois cette valise, donner les plombs de pêche à Martine pour éviter le sourire de la surtaxeuse …
Les glissières s’ouvrent difficilement je plonge mes mains dans les fringues propres ou sales… et je comprends soudainement pourquoi cette valise fermait si difficilement.
Un reste de bidon d’huile d’olives et un kilo de pois chiches… ! L’Enf… De Gérard ! 
Je suis monté dans l’avion… à la française :  place 10F, prêt du hublot, Martine est montée à la grecque : Place 28 F.
J’ai fait un clin d’œil à l’hôtesse... en souvenir d’un aller périlleux ! Et puis… l’avion s’en est allé… surplombant la mer, Pasiphaé et mes amis avant de s’enfoncer dans les nuages.

Aéroport de Nantes….
10 minutes gratuites ! C’est vraiment juste lorsqu’un avion a une demi-heure de retard et qu’il faut aller récupérer sa valise et reprendre ses plombs…et quitter ma coéquipière, spécialiste du poulet à la breton. 

Ma mère (parce ma mère, c’est ma mère) attend sur le parking. Elle s’est donc battue ardemment avec le parking de Vinci. Et la barrière s’est ouverte, libérant notre voiture, laissant la mer s’en aller.
Giuseppe, Orazio, Hervé, Cathy et Éric devaient être quelque part à Milan. Gérard devait être en vol pour Paris, Astride pour Mulhouse.  
… 120m2 pour moi seul alors que nous étions 9 pour 40m2. 
J’ouvre les volets, j’allume le feu. Le courrier est sur la table. J’ouvre la première lettre : 
Le ministère de l’intérieur m’écrit ou plutôt, le chef du bureau national des droits à conduire (ça en jette non ?) est satisfait de me réattribuer un point perdu le 2 avril 2018… mon comportement s’est traduit par un respect accru de mes règles de conduites. (Et ? ce n’est pas la classe çà ?) Alors, le même chef m’encourage à maintenir ma vigilance pour ne plus perdre de points et surtout protéger ma vie…. J’ai presque envie de l’embrasser. 
Je continue à ouvrir… 
La lettre suivante ressemble à un avis de contravention. 86 ramené à 81… pour 80…  Le chef du bureau national n’en revient pas !  J’ai dû m’endormir sur mon respect accru…. J’ai jeté les dés, foncé à 81km/h sur la case bonheur et suis tombé sur le radar de Carquefou et façon Monopoly, je dois encore du pognon à Astride qui va encore me piquer 45 € ! 
Le reste du courrier n’est que sourire mensuel d’un banquier qui salue un compte créditeur. 
Le frigo est vide… je pousse mon caddy dans les rayons. Les gens fourmillent au rythme de l’animateur commercial qui les guide comme des chats grecs sur une tête de poisson.
La radio annonce les dernières horreurs d’immeubles qui s’effondrent, des carburants qui augmentent.  Poutine et Trump font la gueule alors qu’il y a encore quelques heures, je rigolais devant des russes et deux nanas de l’Arizona…
Alors j’ai décidé de rentrer dans un sas de décompression. Je suis resté blotti un dimanche entier dans mon canapé, refusant radio, télévision et puis, j’ai pensé à cet équipage : 

J’ai pensé à Astride
A cette femme aussi indépendante qu’un chat. Elle tricote ses relations en fonction de son thème astral en sélectionnant le signe et l’ascendant ultra compatible. En revanche, le parfait du jour peut au bout de six mois s’avérer le ringard du siècle, tout simplement parce qu’il relève d’un signe de Con surmonté d’un ascendant de Merde.
Astride est une ancienne fleuriste d’où ma question ? Un homme t’a-t-il déjà offert des fleurs ? La réponse est « Oui » … Pauvre garçon ! Astride les a revendues le jour même.
Alors sans prendre de coup de pattes j’ai avancé délicatement mes pions. Je me suis fait engueuler à la première bise, plumé au Monopoly un soir au Sud d’Amorgos et puis… j’ai observé son regard… et j’ai obtenu cette seconde bise. Nous avons ensuite partagé nos quarts comme deux étudiants vomissent dans le même caniveau.  Après, plus rien n’était pareil.  Je ne me risquerais pas à lui offrir des fleurs mais je me suis risqué à lui proposer un torchon sale, le torchon que j’ai acheté à Oia parce que Martine en avait plus que marre d’essuyer la vaisselle avec des draps de bains ! Et puis Astride est repartie avec un bouquin dont j’ai écrit les textes et depuis, j’ai eu le droit à mon message personnel :
« Pendant cette longue attente dans cet aéroport d’Athènes, je m’évade grâce à tes magnifiques poèmes et les splendides photos… Merci vraiment, je suis touchée et ne te soupçonnais pas aussi talentueux. A bientôt Bises
Comme c’est bon…  Ça vaut toutes les bises d’un matin dans la mer. Merci Astride. Oui à bientôt

J’ai pensé à Hervé
Hervé a compris qu’une photo ne suffisait pas à immortaliser une émotion, une odeur. Alors il écrit les endroits où il passe, décrit les personnages qu’il croise et c’est en ça qu’il me ressemble. J’apprécie Hervé car il possède ce que j’ai détruit par peur d’être vu à poil. Ces fameux carnets d’émotions qui vous déshabillent.
 Eh ! Hervé !  Lâche toi…montre tes écrits. Au début, ça fait mal…et puis, un jour tu t’aperçois que les gens ne peuvent plus s’en passer. 
Bon à part ça, j’apprécie beaucoup Hervé : Il ne ronfle pas.
Enfin, Hervé est le gardien d’un troupeau de rires.
Un seul pois chiche équivaut à 10 minutes de rire qui équivalent à un steak…
 Alors lorsqu’il en fait tremper 1kg, on sait tout de suite que notre végétarien peut faire basculer la soirée dans un délire comme un cow-boy au milieu d'un troupeau de bisons d’Amérique.
Merci Hervé

J’ai pensé à Cathy
Cathy est sans doute la personne qui m’a vu dès la première heure. 5h30 sur le pont et les premières questions : 
-        - Où sont les filtres à café et l’allume gaz ? 
Cathy veut au minimum 2 bises le matin. J’en ai fait quatre…vu qu’Astride n’en voulait pas et en plus ! N’oublions pas qu’Astride m’a piqué tout mon pognon au Monopoly… Alors, j’ai jeté mon dévolu sur Cathy. Quatre bises ! 
J’essaie d’imaginer Cathy sans sourire… je n’y arrive pas. Cathy est une comptable hors pair. Elle résout en permanence l’équation sucre, taux de glucides, sport, et besoin en insuline. J’avoue être un peu couillon devant tant de délicatesse et politesse et je m’excuse d’avoir accompagné le poulet à la Breton de patates poilées… les remplacer par des concombres est un sacrilège mais entre nous les bretons ne t’en voudront jamais, mange tes concombres. Je garde ton sourire.
Et puis Cathy est la femme qui maitrise à la perfection les boules au cul d’un bateau… c’est la « chérie chérie » d’Orazio …
 Enfin ! Orazio ! N’en fais pas trop, n’oublie pas que l’année prochaine on file en Arizona….
Merci Cathy

J’ai pensé à Éric
Éric est l’ami de Cathy…Si Cathy est debout à 5h30, Éric reste au lit et dort profondément… Excusez-moi : je rectifie…  Éric ne dort pas… il réfléchit à poing fermés !  Éric est toulonnais parce que Toulon c’est Toulon et la corse ne le quitte jamais.  20 heures de sommeil par jour et 5 heures de sieste… cherchez l’erreur ! Alors si par mégarde il est éveillé, il peut pousser le Haka ou partir sur un bateau. Éric est un chercheur de cidre au milieu des îles grecques, c’est l’étincelle d’une soirée et… un incontestable pêcheur. 402 miles parcourus et des dizaines d’heures à tremper le rapala tantôt gris, tantôt bleu, dans une mer qui aurait dû nous balancer ses poissons parce qu’Éric le dit si bien « Toulon c’est Toulon… »  Mais le poisson c’est le poisson, et nous n’avons rien péché. Cette mer est vide !  dit Gérard…qui en profite tout de même pour commander 3kg de maquereaux… 
Merci Éric la prochaine fois on prendra un filet… mais bon avec la valise, pas simple ! 

J’ai pensé à Martine
Martine est ma copine de quart avec Astride et ma coéquipière de cuisine. Martine est aussi ma porteuse de plombs de pêche. C’est avec elle et les lecteurs de ce blog que nous avons inventé la fameuse recette du poulet « à la breton ». La recette figure désormais sur les meilleures tables italiennes, en Sicile et peut-être même qu'est-elle sur le point de déboulonner la choucroute alsacienne !  Alors respect pour Martine !  Quoi dire de plus. Les crêpes au caramel beurre salée ont permis d’épuiser le lait et de faire dire à notre skipper : « il faut racheter du lait ! ».
Martine veille sur le blog comme l’huile sur le feu. Elle veille aussi sur ma barbe qui commence à pousser.  Elle me demande si j’ai de l’inspiration. » 
- Ba ouais…  Martine » 
C’est aussi elle qui me dit de rajouter un pull de peur que je prenne froid. C’est aussi elle qui me raconte ses carnets de voyages. La voile et les ambiances de bords Je m’arrête là parce Martine c’est Martine.
Merci Martine Kenavo emberr


J’ai pensé à Orazio
Orazio…. Depuis le début, vous lisez surement Ora Zio…et pourtant… il faut prononcer Ora TCIO.
Ça change tout. Oratcio est une perle. Il cuisine comme tout l’équipage réuni. Il nous apprend que la cuisine sicilienne est la cinquième du monde, que Dalida a des parents italiens… et la Sicile a son acropole. Il ne faut pas rigoler avec ça alors Gérard et moi on se bidonne ! Pour être sûr de bien manger on l’encourage en lui disant qu’un jour il sera sur le podium… mais pour Dalida…  On va réfléchir ! Orazio est un lézard… il dort au soleil… et quand le soleil est couché, il ronfle au grand désespoir de Gérard.
Il mouille l’ancre comme personne. Et lorsque le bateau est arrêté, il est le premier dans l’eau. En 15 jours il a appris le français utile.  Il sait placer Toulon sur une carte parce que Toulon c’est Toulon, il sait où se trouve l’Arizona parce que là-bas, les suédoises sont belles… c’est un D.J. hors pairs…bref Orazio est Orazio parce que la Sicile c’est la Sicile.
OraTCIO merci beaucoup. Ta Sicile est belle. Un jour je viendrais manger les pastas chez toi. J’en rêve.

J’ai pensé à Gérard
Aïe ! Là je suis bien emmerdé parce que mes mots ne vont pas suffire… aux premiers abords, c’est un drôle de mec et en le voyant, j’ai d’abord glissé sur une peau de bananes…. Grâce à lui je ne mange plus de bananes… en pleine mer (C’est trop la merde. On ne sait pas quoi faire de la peau !) … Alors j’ai bouffé toutes les pommes… ça tombe bien Giuseppe n’aime pas ça ! 
 Je crois que je vais m’inviter chez Gérard… on bouffera une bonne cote de bœuf avec un verre de rouge.  Promis j’amènerais une bouteille de Jack, mais je n’en boirais pas, alors prévois un bon bordeaux… On fera des nœuds de chaises sans les mains et sans les pieds… parce que Paris c’et Paris. 
On guinchera toute la nuit sur la chorégraphie des « village people… »  Et puis pas de bille… et puis, aucune inquiétude Madame… on fera le ménage le lendemain… il faut juste prévoir une balayette de plus…
On ira dans le métro et on gueulera… « Vive la Grèce et vive Pasiphaé » et si on finit au poste… on dira qu’en Grèce, ils sont vachement plus sympas… parce qu’eux ... ils connaissent la chorégraphie…

Tonton Gégé…. Heu ! On commence quand ? 

J’ai pensé à Giuseppe.
Giuseppe est le capitaine. Et le capitaine, ça se respecte… Giuseppe a un accent et un vrai problème à prononcer les « U » qu’il prononce « OÙ ». Alors, quand il me dit… en me tendant sa tartine … : Mets la confitoure dessous… je souis tout de souite dans la merde !!! je mets la confitoure dessous et je retourne la tartine…parce qu’on ne désobéit pas au capitaine…
Giuseppe est un père, une perle…
Giuseppe sent le vent venir, et la mer se former…. Quand le l’équipage est fort et que la fête est formée, il file se coucher dans la petite cabine à l’avant et laisse la fête se calmer. Giuseppe sait m’engueuler parce la boucle de mon harnais cogne sur le pont et … il a raison.  Il m’explique le cap, les ris, et les points de collision avec les cargos… il crie… « Il faut descendre les pare-battages » … ce qui donnent …  « Descendre les pares batach » … 
Il veille toujours à la nappe sur la table, s’assure que tout le monde va bien… il cherche à casser la cafetière…parce qu’il préfère le nescafé… Mais nous Giuseppe, on aime le vrai café…celui que Cathy fait à 6h !
Giuseppe ou Giouseppe car mine de rien tu as glissé un « U » dans ton prénom… peut être pour nous faire rire… hé bien ne change rien…
On t’aime comme tu es parce sans doute Giuseppe c’est Giuseppe.

Merci à toi et à très vite.

J’ai pensé à tout cet équipage… et puis, le boulot m’a appelé. 
Comme un homme posant la tête sur la fenêtre d’un train ou d’un métro qui l’emmène au boulot, j’ai voulu m’endormir, mais je suis resté éveillé en 2ème classe, assis sur un caillou de la mer Egée….
Je vous ai regardé… et je me suis marré !  J’ai pensé à Pasiphaé… à cette mer tantôt douce, tantôt fâchée que je n’entends plus. J’ai pensé à ce souffle qui s’engouffre dans une voile et que je n’entends plus. J’ai pensé à ces chats disparus, à ces flics endormis dans le silence de la nuit.  Je me suis accroché comme celui qui ne tient que par son harnais et refuse de couler et…
Je suis entré dans une maison blanche… là-haut sur le volcan. Vous y étiez…. Tous là …Nous étions 9 et nous avons réunis comme d'habitude deux petites tables pour se sentir serrés. Chacun a pris sa bière ou son café…  Je me suis senti heureux, léger et j’ai crié :
La mer a des reflets que la terre n’aura jamais.

Claude


21 commentaires:

  1. On retrouve bien là tes talents d'écrivain...avec la bonne humeur et à la bonne heure!
    Bonnes vacances Claude !
    Bisous

    Bon vent à tout l'équipage !

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  2. merci Jocelyne et a bientôt en Vendée.
    bisous

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  3. Martine,
    je te signale que je suis ton aide cuisinier et ton stylo pour les recettes....
    alors drole ou pas !!! on se retrouve samedi soir et en cuisine dimanche !!

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  4. Coucou Claude..la préparation de ta valise m'a amusée ..heu je serais beaucoup plus embarrassée si j'étais concernée...sèche cheveux et lisseur à caser...plus les au cas où..je te souhaite ainsi qu'à ton équipage une belle aventure que je vais suivre avec un réel plaisir..bise

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  5. Pour le sèche-cheveux et le lisseur à caser Brigitte.... pour ma part, c'est coupe courte, et cheveux au vent !!! :)

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    1. je pense que pour une éventuelle aventure en mer j'adopterai une coupe courte comme toi

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  6. Bon vent, et je te souhaite une très belle aventure
    Bises
    Ghislaine

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    1. Je constate que tu es un bon cuisinier….
      Bises
      Ghislaine

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  7. Tres beau la définition d'une mère....Une mère est une femme qui aime les personnes que tu aimes et déteste les gens que tu détestes.
    Une mère est une confidente.
    Une mère ne te juge pas…elle t’aime, te protège.
    Une mère est fière de toi par tout temps
    Une mère est une femme qui est toujours d’accord avec toi-même lorsque tu as tort.

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  8. Reste t-il une petite place dans ta valise..la boule au ventre, cet aprem, un collègue m'a informé de ce tremblement de terre en Grèce...bon voyage ! bisous AMARIE

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  9. J'adore !!!
    Rhooo... ta valise, c'est une grande histoire entre vous 2...
    Et oui Giuseppe a déjà toute mon affection ! Claude, tes récits sont tellement réalistes que l'on s'y croirait, avec une tendance à la tendresse et de surcroît drôles...
    J'attends la suite...Bisous

    Pour tous vos partages, c'est un pur bonheur que de visiter votre blog, merci !
    Dommage pour la Trouspinette....

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  10. Quel magnifique lecture ! Je m’amuse et je verse quelques larmes d’émotion à lire les jolis mots de Claudio 😉
    En direct de Sicile où il fait un temps de M...profitez de ce fabuleux périple. Galette de poulet à la crème avec du cidre🙄 mais où trouver du cidre sur une île grecque ? Des bises et une plus grosse encore pour mon grand frère adoré 😘. S

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  11. Des bisous pour toi petite soeur. Ce soir pas de Wifi... sniff
    Schinoussa et un caillou dans l eau...Je suis assis dessus et je pense a toi à vous...bisous

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  12. Quel bonheur de lire tes messages poétiques humoristiques ..je penserai à vous demain car je prépare un poulet picata romana pour le diner ... Chut .. pour Giuseppe..je pourrai te parler de la Vendée qui a eu froid lundi ..et d'autres sujets... ...continue à nous faire rêver et nous amuser j'adore

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  13. Trop drole et tellement bien écrit, on a l'impression de voyager avec toi (vous).
    Quand je t'ai crié "fais un blog" depuis la passerelle du boulot, le jour où tu es parti, j'en attendais pas autant ! C'est génial...
    Arnaud

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  14. Tout simplement génial ! captivant ! je voyage aussi c'est fou !!! je confirme manger beaucoup de steack en ce moment en lisant tes récits... :-)) j'ai même envie de te demander de poursuivre le voyage pendant plusieurs autres semaines ;-)
    Merci de ne pas oublier d'illustrer cette folle nuit... (sans restriction aucune sur les photos bien évidemment)
    Bonne continuation à tous.
    La Bretonne

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  15. Merci pour vos commentaires tous touchants. Je ne réponds pas car le wifi m abandonné parfois et je dois même prendre feuilles et stylo pour économiser ma batterie...Je vais me reposer ...il est 20h et je serais sur le pont a 2h...
    Bises à toutes et à tous

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  16. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  17. Superbe récit de vos aventures. Je comprend votre tristesse après une semaine comme celle-ci, il m'est arrivé la même chose la première fois et j'ai mis 6 mois à m'en remettre !
    Avec mon mari, skipper, nous proposons des croisières en voilier depuis Paros, si jamais vous souhaitez revenir un jour...

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